Concret et abstrait
On nomme concepts, avons-nous dit, ces éléments qui dans des expériences semblables concordent ou peuvent se répéter. 11 faut tout de suite appeler
THKORIE f;KNKRAI,l-: DE I.A CONNAISSANCE 17
l'attontion sur rim[)crfection de langage que nous trouvons ici : dans ces groupes de connaissances concordantes, nous désignons du môme nom, d'une part, chaque expérience — ou objet (Viin état de conscience pnrîiciilier — et, d'autre part, Vensemble de loiiles les expériences concordantes — ou résumé des états de conscience semblables. Ainsi le mot cheval dénomme pour nous, d'une part, un objet tout à fait déterminé qui peut, à un moment, constituer le contenu de notre conscience; et, d'autre part, il désigne l'ensemble de tous les objets semblables, qui auparavant ont été donnés à notre conscience et pourront par suite se retrouver dans l'avenir. Ces deux genres de faits, désignés du même mot, c'est bien ce que Ton distingue sous le nom de concret et d^abslrait, et l'on est disposé à appliquer aux premiers le nom de «réalité», tandis que l'on relègue les autres, en tant qu'entités « simplement pensées », à un échelon inférieur du réel. En fait, on établit ainsi une différence, du reste bien significative, entre ce que Von éprouve actuellement et la totalité des souvenirs et des attentes qui y correspondent : il s'agit donc, non du réel, mais bien plutôt de l'actuel. Pourtant, les considérations que nous avons présentées nous font précisément savoir que l'actuel ne peut jamais à lui seul donner une connaissance; le souvenir des expériences antérieures semblables en fait partie à titre d'élément nécessaire. Car, sans le souvenir et la comparaison qui s'y relie, il nous est tout à fait impossible de découvrir les éléments concordants, et par suite prévisibles, des choses. Nous serions ainsi en face de chaque expérience qui se présente avec toute l'impuissance d'un nouveau-né (4).
(1) Parfois, lorsqu'on s'éveille brusquement d'un sommeil pro^ OSTWALD. — Esquisse. 2