‹ Esquisse d'une philosophie des sciencesChapitre 47 sur 71 · Généralités · texte numérisé non relu

Généralités

Nous étions partis, dans les sciences formelles, du concept le plus général pour la pensée, celui de chose, dont l*unique caractère est la possibilité de distinguer « ceci » de « cela » ; mais en passant à des objets de plusen plus spéciaux, nous avons pu aller jusqu'à suivre dans ses déplacements un mobile, déterminé sous les rapports d'espace et de temps. Cette détermination venaitd'ailleursuniquement de ce que l'objet occupait un espace déterminé et par suite avait une forme déterminée; et la représentation spatiale en géométrie et en phoronomie, n'avait pas besoin d'utiliser d'autres caractères.

Ce sont alors les sciences physiques, qui, à ce point, reprennent l'une après l'autre leurs droits, et remplissent de propriétés déterminées l'espace pur de la figure géométrique. Il n'y a là d'ailleurs pas autre chose que les qualités secondes de Locke : cet auteur supposait qu'elles n'appartenaient pas

aux corps eux-mêmes, mais que la forme sous laquelle nous les percevons n'était beaucoup plutôt qu'une apparence due aux propriétés des appareils sensitifs chez l'homme. Mais à présent que nous sommes beaucoup plus complètement informés sur la nature de ces propriétés, comme sur la conformation de nos organes des sens, nous savons également nous représenter avec plus d'exactitude ce que sont les éléments subjectifs des expériences correspondantes et nous pouvons les distinguer plus nettement des éléments objectifs.

Il y a donc des propriétés que nous rapportons à des systèmes physiques, par opposition aux systèmes géométriques : mais toutes peuvent se ramener à un concept fondamental qui, avec ceux que nous avons éclaircis au second livre, servira à caractériser et à distinguer ces systèmes. Si nous pouvons faire une différence entre des cubes d'égale grandeur, endisant qu'ils sont de matières différentes ou à des températures différentes ou à différents degrés d'éclairement, etc., tout cela se ramène toujours à ce que, dans l'espace considéré géométriquement, apparaissent les différentes formes de Vénergie. Cette idée d'énergie joue par suite dans les sciences physiques à peu près le même rôle que celle de chose dans les sciences formelles, et l'objet essentiel de ce nouveau domaine scientifique, c'est de connaître et de développer en tous sens ce concept. L'importance qu'il a lui vaut d'être connu et appliqué depuis très longtemps sous ses formes spéciales; mais ce n'est qu'à l'époque la plus récente que tout ce domaine s'est constitué systématiquement.

les sciences physiques 127

Page 1