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La civilisation

On désigne en fait sous le nom de civilisation tout ce qui sert au progrès social de l'homme. Nous avons d'autre part trouvé une caractéristique objective du progrès en ce qu'il est une amélioration en vue d'un but humain, dans le débit de l'énergie brute, telle que l'offre la nature. Ainsi, c'était un fait de civilisation, qu'un homme primitif découvrît qu'en prenant à la main une branche d'arbre il pouvait éten-

(1) Actuellement, 1' « Espéranto » a pris la plus grande extension. Quand on aura pu donner la loi qui y organisera normalement la ûfér/ya?/o/i — ce que l'on n'a pas encore obtenu jusqu'ici — on pourra sûrement compter que cette langue^ déjà fort utile t ait le plus grand succès dans 1 avenir.

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drc le rayon d'action de son éner;Li:ie mnsculaire ; c'en était un autre que cet homme, en lançant une pierre, transportAt son énergie à une distance considérable, h\ où il le désirait. Le couteau, Tépieu, la flèche et tous les autres outils primitifs ont une action que l'on peut dans tous les cas considérer comme une transformation utilisée de l'énergie. Et, à l'autre bout de l'histoire humaine, quand on fait la découverte scientifique la plus abstraite, la généralisation et la simplification qu'elle implique n'ont d'autre signification que d'économiser une quantité correspondante d'énergie pour toutes les générations à venir, qui, de façon ou d'autre, auront afTaire à ce cas. Ainsi, en fait, cette détermination des concepts enserre tout le cercle des manifestations du progrès humain, — c'est-à-dire la civilisation, et nous reconnaissons par là, en môme temps, la grande valeur scientifique de la notion d'énergie.

Si maintenant, en poussant la question, l'on réfléchit que, d'après le second principe, l'énergie libre à notre disposition ne peut que diminuer et jamais augmenter, tandis qu'augmente continuellement le nombre des hommes, dont l'existence est pourtant immédiatement liée à l'utilisation d'une portion mesurée d'énergie libre, on reconnaîtra tout aussitôt la nécessité objective du développement de la civilisation dans le sens indiqué. Par la prévision, l'homme se met en situation d'agir en civilisé ; mais si l'on veut éprouver, grâce au critérium donné, la valeur de notre organisation sociale actuelle, on reconnaît avec effroi qu'elle est encore bien barbare. Ce n'est pas seulement que le meurtre et la guerre anéantissent sans compensation les valeurs créées par la civilisation ; mais aussi d'in-

nombrables froissements se produisent entre les peuples diftérents et les différentes organisations politiques, — et môme, à l'intérieur d'un peuple, entre les différentes couches sociales. Tout cela va en sens inverse de la culture humaine, car on détruit ainsi les quantités correspondantes d'énergie libre, et on les empêche de servir au développement réel de la civilisation. L'humanité se trouve actuellement à un stade d'évolution, où le progrès dépend beaucoup moins de la direction donnée par quelques individus remarquables, que du travail commun de tous les associés dans l'œuvre humaine. La preuve en est que de plus en plus toutes les grandes découvertes scientifiques se font en même temps par plusieurs chercheurs indépendants, et c'est le signe que la société crée les conditions individuelles d'où sortent ces découvertes, à différents endroits en même temps. Ainsi nous vivons à une époque où la condition des différents hommes tend à s'uniformiser dans l'ensemble, ce qui réclame et nécessite une organisation sociale où l'on pousserait aussi loin que possible l'égalité dans les conditions d'existence des individus.

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