Esquisse d'une philosophie
Qu'on se reporte par la pensée à l'instant où, dans le sein delà mère s'accomplit la fécondation de la molécule organisée qui sera l'homme un jour; qu'on se représente les phases successives de l'évolution de ce germe où l'être futur existe in visiblement, les transformations merveilleuses par lesquelles, traversant toutes les classes inférieures des corps animés, passagèrement soumis aux conditions générales de vie qui caractérisent chacune d'elles, il atteint, en s'élevant toujours, le degré de perfection que détermine sa nature propre : quel prodigieux travail ! quel progrès immense ! S'il est permis de comparer les distances mesurées sur l'échelle de Torganisation à celles que mesurent dans l'espace les pures grandeurs géométriques, il y a certes plus loin du premier état de l'homme à ce qu'il est déjà
lorsqu'il rompt ses enveloppes fœtales, que de notre globe aux mondes que Toeil armé du télescope découvre au fond de la voie lactée.
Et cependant, qu est-ce que Thomme au moment de sa naissance, près de ce qu il deviendra par un progrès nouveau, continu, perpétuel, qui, n'ayant d'autre terme que l'infini même, se prolonge sans jamais rencontrer de dernière limite, de sphères en sphères toujours plus vastes, toujours plus élevées, au-delà de son existence terrestre?
Nous l'avons vu, s'essayant dès le berceau à une lutte gigantesque, combattre la nature, la dompter, et, par l'empire qu'il exerce sur elle, l'assimiler en quelque sorte à son propre organisme. Il s'assujétit non-seulement ses forces purement physiques, mais les forces vivantes des animaux et leurs instincts mêmes. Dirigés selon les vues de son intelligence, ils l'aident à satisfaire ses besoins variés, à étendre le domaine de son industrie indéfiniment progressive. Le sol transformé change d'aspect; les vents, les eaux lui obéissent, travaillent pour lui; il dispose à son gré de tous les êtres inférieurs, associés ainsi à ses fonctions plus hautes, à sa fin plus parfaite.
Ce progrès en prépare un autre. Le cercle de son activité s'élargit. Des facultés qui sommeilloient en lui, peu à peu s'éveillent. De l'ordre de l'Utile, il s'élève à l'ordre du Beau, et se développant à la fois