LIVRE X* — CHAP3TRE ler
en tous deux il multiplie ses conquêtes et affermit sa souveraineté sur le monde matériel, en même temps que le monde des essences ouvre devant lui ses splendides perspectives.
A travers le voile transparent des phénomènes que les sens perçoivent, l'esprit contemple les types divins, les immuables exemplaires des choses. L'homme maintenant s'efforcera de les reproduire dans ses œuvres. Elles n'auront plus pour but unique la satisfaction des besoins du corps. D'autres besoins sont venus s'ajouter à ceux-ci. L'âme, à son tour, réclame son aliment intellectuel. Elle aspire au Vrai infini, elle le cherche avidement sous les formes sensibles qui en offrent la vague image, qui en sont comme le rayonnement extérieur; car le Beau, en effet, est le rayonnement du Vrai, Tatmosphère lumineuse qui tout ensemble révèle et cache l'astre qu'elle enveloppe. Pour reproduire, autant qu'il le peut, le modèle idéal conçu par la pensée, ÎArt déploie ses magnificences; il crée avec la pierre, les couleurs, les sons, avec le mouvement et la parole rhythmés, tout un symbolique univers , et ces créations, diverses selon les lieux, les temps, les doctrines, expriment l'état des peuples à mesure qu'ils avancent dans les voies que Dieu leur a tracées, ou qu'obéissant à une attraction mystérieuse, éternelle, ils montent vers lui.
L'iiumanité cepenclant continue son évolution. La Science en marque une nouvelle phase. L'esprit veut concevoir ce qui est, constater les effets, les connoître dans leur essence propre, dans leurs différences spécifiques, en découvrir les causes; il veut, en un mot, reproduire l'œuvre du Créateur dans ses rapports avec le Yrai, comme l'Art le reproduit dans ses rapports avec le Beau. L'Industrie, TArt, la Science, forment donc comme trois sphères concentriques qui se dilatent sans fin simultanément. Car, si de l'Industrie sortent FArt et la Science, en vertu des lois qui président au développement général de rhomme, la Science aussi réagit sur TArt, dont elle détermine le caractère par ses conceptions, et sur llndastrie qu'elle guide, dirige, qu'elle arme, pour ainsi parler, de forces toujours plus variées, toujours plus puissantes.
Mais qu'est-ce que la Science? Qu'est-elle en soi? Quel en est l'objet et la fin ?
Savoir c'est voir, et la Science parfaite est la parfaite vision des choses en elles-mêmes et dans leurs rapports. Ainsi, en se voyant, l'Être infini voit tout ce qui est et tout ce qui peut être, et le voit avec un degré de perfection infini, dans la lumière infinie aussi qui l'illumine intérieurement et qui est luimême. Seul il possède la science absolue, sans Hmites et sans ombre; et la science accessible à ses