‹ Esquisse d'une philosophie (volume 2)Chapitre 104 sur 229 · LIVRE XI«. — CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE XI«. — CHAPITRE

en effet, que toute composition s'opérant de molécule à molécule, il faut que leur déplacement facile permette qu'elles se rapprochent, se présentent Tune à l'autre dans des conditions qui rendent possible leur action réciproque, les arrangements, les combinaisons qu'impliquent les formes nouvelles dont elles doivent devenir les éléments constitutifs; toutes choses qui nécessitent une mobilité plus ou moins parfaite de ces molécules, et par conséquent, leur séparation ou leur mutuelle indépendance.

Au point de vue le plus général, pour que le monde physique subsiste, il faut que les corps résistent à leur propre destruction, ou qu'ils aient en soi un principe de stabilité ; et pour qu'il se développe, il faut que le principe de stabilité se subordonne à un autre principe, en vertu duquel s'accomplisse l'évolution de la forme ou la production incessante de formes supérieures plus complexes. L'affinité de la forme pour elle-même ou l'affinité de cohésion est le principe de stabilité; l'affinité réciproque des formes diverses les unes pour les autres, ou f affinité de composition, est le principe de développement, lequel a pour terme la forme infinie, qui, renfermant toutes les formes possibles, se conçoit forcément sous la double notion d'unité infinie et de complexité infinie; car, loin que ces deux idées s'excluent, nous voyons également dans la Création

les êtres devenir plus uns, à mesure qu'ils deviennent plus complexes, et cette loi est sans exception.

Le terme dernier, mais à jamais idéal, de cet immense ensemble des êtres créés dont nous faisons partie, terme qui se présente constamment comme la conclusion des recherches de tout ordre, apparoît encore, toujours le même, lorsque Ton considère sous un autre aspect les phénomènes moléculaires et Ténergie spéciale dont ils dépendent essentiellement. « La manifestation de l'affinité chimique , dit i(. Berzélius ^ , est' une tendance vers le repos , après u une activité plus ou moins prolongée. Si Ton parce venoit à réunir tous les corps en un même point, c( et qu'ils fussent tous en état de manifester leurs « affinités, ils commenceroient à se combiner les uns H avec les autres, et la masse entreroit dans une (f activité, qui dureroit plus ou moins long-temps, « et se termineroit par un repos éternel, que nulle (( force ne pourroit troubler ni détruire. La masse se i( présenteroit alors, en vertu de la force de cohé- (c sion, sous forme d'une agrégation mécanique de cf corps indifférents. »

Selon cette pensée, l'Univers tendroit au repos par le mouvement, les corps seroient comme les fragments séparés d'un tout qui cherchent à se rejoindre; il y auroit dans la Création comme une • Tome IV, p. 512.

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