LIVRE XV.— CHAPITRE III*. fi
Chaque forme complexe a une affinité spécifique pour les formes plus simples qu'elle implique, et la chimie presque tout entière n'est que la science de ces affinités spécifiques.
Chaque forme enfin a de l'affinité pour ellemême, et c'est de cette affinité que résulte l'agrégation et la cohésion des molécules similaires dans les corps où ne s'opère actuellement aucun travail de composition ou de décomposition.
Ces corps, sans changer de nature, peuvent offrir, dans leur cohésion, des différences très-considérables, d'où résultent les trois états de solidité, de hquidité et de gazéité, qui, d'après ce qui vient d'être dit, s'expliquent facilement, ce nous semble.
Un corps existe à l'état solide, lorsque l'affinité de la forme pour elle-même ne trouve en lui aucun obstacle à son action. Alors la cohésion y est aussi grande que le comporte sa nature, par où Ton voit que le degré de cohésion est, en chaque corps, la mesure de la puissance d'affinité de sa forme pour «Ile-même. Que si, par une cause quelconque, la force inhérente au corps tend à passer à Tétat libre, la puissance d'affinité décroîtra, quant à ses effets, à mesure qu'augmentera l'activité de la force ; car la force, expansive par son essence, agit en un sens opposé à celui où agit l'affinité de cohésion. Tout ce qui, dans le corps,
excitera l'activité de la force, diminuera donc la puissance relative d'affinité. Or tel est sous ce rapport le genre d'action du calorique \ Par luimême il n'est doué d'aucune qualité répulsive, mais ilstimule la force, dont l'expansion dilite les corps, en opérant l'écartement de leurs molécules. Si donc on introduit du calori(|ue dans un corps, il se produira deux effets proportionnels à la quantité de calorique introduit, et au degré de puissance de l'affinité de la forme pour elle-même, c'est-à-dire, que le corps passera successivement par deux états.
Lorsque la tension de la force, sa tendance à disjoindre les molécules du corps, fera équilibre à sa puissance d'affinité, le corps sera à l'état liquide.
Lorsque la force aura surmonté la puissance d'affinité, elle dispersera les molécules du corps, et continuera de les disperser toujours plus, jusqu'à ce qu'elle rencontre un obstacle qui s'oppose à son expansion ultérieure. Cette dispersion des molécules soustraites à la puissance d'affinité de la forme pour elle-même, constitue l'état gazeux.
Mais si l'état de liquidité et l'état de gazéité marquent l'affoiblissement progressif de l'affinité d'où résulte la cohésion, ils favorisent, au contraire, éminemment l'action si importante dans l'économie de la nature, de l'affinité de composition. Il est clair,
ï Fo^ez liv. X, ch. VII.