LIVRE XII*. — CHAPITRE Vie
tion, à l'être fixé en un même lieu, mais doué d'organes motiies pour saisir à distance Taliment qui lui est approprié, d'un appareil pour Télaborer, le transformer en un liquide que les tissus puissent s'assimiler? Quelle distance encore de cet être à celui qui va chercher, en se déplaçant, ce même aliment, qui, à l'aide d'un système d'organes locomoteurs et préhenseurs, poursuit sa proie, s'en empare, la retient, la suce, la dépèce, la broie, l'engloutit! Un autre genre de développement coïncide avec ces développements organiques auxquels il est lié. On voit naître à la fois la sensibilité et Tinstinct, la sensibilité ou la conscience que, dans son unité, l'être a de soi, de son état normal ou anormal, et de ses rapports avec les objets extérieurs; Tinstinct, qui, dirigeant les mouvements spontanés desquels dépend la persistance des individus et de Tespèce, est uniquement, dans une sphère plus haute, ce qu'est Taftinité pour les êtres inorganiques, Faction propre de la forme, de l'énergie spéciale qui détermine l'être à tous les actes nécessaires à sa conservation, et manifeste les rapports divers qu'il soutient avec les êtres de nature diverse. L'impulsion interne, fatale, irrésistible, qui détermine au-dedans de l'organisme les mouvements aveugles et automatiques, n'est pas d'un autre ordre que l'impulsi^^n qui détermine les mouvements spontanés, la respiration qui
forme comme le passage des uns aux autres, la locomolion, l'appétence pour certains aliments, le choix qui en est fait, l'emploi des moyens pour les saisir, s'en assurer la possession ; et toutes ces choses impliquent la sensibilité, des impressions perçues, le bien-aise et le malaise, le plaisir, la douleur, des attraits et des répugnances, un commencement de prévisions et de combinaisons, tout ce qui, de plus en plus indépendant des lois propres de la limite ou de rétendue divisible, ouvre la série des phénomènes immatériels ; tout, hors la pensée, l'intelligence, qui n'apparoît que dans l'homme.
Indispensable condition de Tinstinct, la sensibilité qui établit l'être en des relations perçues de lui avec le monde extérieur, nécessite un ordre de moyens par lesquels s'opère et se règle ce genre de communication. De là les organes externes et internes des sens. Appropriés aux besoins de chaque être, ils se modifient selon ces besoins, plus variés, plus parfaits dans leur ensemble, chez les êtres plus parfaits. L'instinct aussi implique des organes qui lui correspondent, instruments des fonctions spéciales à l'exercice desquels est attachée la conservation des êtres divers, et ici la Nature déploie, pour arriver aux fins voulues d'elles, une richesse d'invention tellement inépuisable, de si merveilleuses industries, qu'elles étonnent l'imagination même.