LIVRE Xlle. — CHAPITKE Vie
A ce sujet il s'est élevé une question importante en ce que, selon le sens où on la résout, il en résulte une vue toute différente des choses, des conceptions primitivement opposées de TUnivers, en ce qui touche les causes générales, leur nature, leurs lois. Nous voulons parler de la question des causes finales, sur laquelle, après tant de débats, on se partage encore, peut-être parce qu'on ne l'a pas assez nettement posée, et que d'une question de philosophie appliquée à l'interprétation de Tensemble des faits considérés dans leur origine et les conditions premières et nécessaires de leur origine, on a fait une question de méthode pour tout expliquer, dans la longue série des faits particuliers, par une même et commune raison, en dehors des causes physiques dont la science s'occupe spécialement.
Les défenseurs des causes finales, ceux du moins que nous venons de désigner, observant un effet produit, en rapportent la cause immédiate' à la volonté efficace du Créateur, en cela semblable à l'ouvrier, lequel, se proposant un but déterminé, combine un certain ordre de moyens pour l'atteindre. Et comme la machine construite par celuici, pouvoit l'être ou ne Têtre pas, que sa construction pouvoit varier selon le caprice de l'ouvrier, au gré de sa pensée et de sa volonté libre, et arbitraire en ce sens; ainsi on imagine que Dieu crée
OU ne crée pas tel ou tel être, suivant une volonté particulière indépendante des créations accomplies déjà ; que, dans sa forme intime, sa structure, chacun de ces êtres dépend d*une pareille volonté particulière de Dieu; que voulant, par exemple, douer certains êtres de la faculté de locomotion, il leur a, par un acte direct de sa puissance souverainement libre, donné des organes locomoteurs, diversifiés selon les modifications prévues de lui qu'en devoit recevoir le mouvement; que, de la même manière, voulant que tel être possédât la vision, il a créé Toeil, et ainsi de tout le reste.
Il est clair, d'abord, que le principe des causes finales entendu de la sorte n'est pas un principe scientifique d'explication, puisqu'il n'en fournit qu'une identiquement, immuablement la même pour l'innombrable multitude des phénomènes divers, explication qui, à l'égard de chacun de ces phénomènes, se réduit à alléguer la Cause suprême métaphysiquement conçue dans son universalité, abstraction faite des causes secondes ou naturelles indéfiniment variées.
De plus, chaque être ayant sa raison dans une volonté indépendante, qui a pu, tous les autres êtres subsistant, le créer ou ne le pas créer, le créer sur un plan, ou sur un autre plan, Tenchaînement des causes et des effets est radicalement rompu,