‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 117 sur 247 · LIVRE VIIIe.— CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE VIIIe.— CHAPITRE IV

ce n'est point non plus le sommeil; c'est la transla^ tion dans une autre sphère , dans un autre mode d'existence; c'est, sous l'enveloppe du corps qui se dissout, mais pour renaitre, la vision iuterne d'un monde nouveau , de réalités jusque-là voilées , de mystères doux et formidables. Ces yeux fermés contemplent quelque chose intérieurement. Un calme sévère règne dans ces traits fixes, sur cette face immobile et transparente. Ce que la mort a atteint, c'est la chair; mais au-dessous apparoît la vie, elle rayonne de ce front, à travers la matérielle écorce qui recouvre l'essence spirituelle et impérissable.

A mesure que l'art se développa , il perdit de sa rudesse première. La correction de la forme et sa beauté, toujours subordonnées néanmoins à l'expression morale, offrirent un progrès, remarquable surtout dans l'école toscane. La sculpture fut de bonne heure cultivée avec soin à Pise , à Florence, à Fiesole, et peut-être est-ce à cette circonstance que la peinture, dans le même pays, a dû le caractère qui la distingue, la supériorité du dessin. Plus tard, la foi s'afloiblissant, l'art peu à peu tendit à se matérialiser, et le mouvement de la Renaissance, la découverte des chefs-d'œuvre antiques, l'admiration qu'ils inspirèrent, favorisant encore cette tendance, Tart dévia, il se fit payen, et, sans atteindre à la perfection de la forme extérieure

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dont l'art grec présente de si ravissants modèles , il cessa de reproduire le Beau idéal que Ton ne concevoit , que Ton ne sentoit plus. Nous ne suivrons point la sculpture dans cette voie de décadence , où l'imitation se substituant à l'inspiration, la puissance créatrice s'éteignit entièrement. Il put y avoir de grands artistes, des artistes habiles, de génie même, il n'y eut plus d'art, selon la haute acception du mot. De nos jours il essaie de renaître, et une juste louange est certainement due aux artistes supérieurs qui travaillent , non sans gloire , à le relever de ses ruines. Mais ils ne peuvent que ce que peut l'homme isolé, l'homme individuel; ils ne sauroient donner à la société ce qui lui manque, la conscience d'une foi qu'elle n'a pas; et , pour que l'art devienne ce qu'il sera dans l'avenir, il faut que des croyances se fondent et se propagent; il faut que d'une conception plus étendue, plus nette de Dieu et de l'univers, de l'humanité, de ses lois, de ses fonctions et de ses destinées, sortent les types nouveaux qu'il réalisera.

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