‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 139 sur 247 · LIVRE VIIIe. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE VIIIe. — CHAPITRE V

d'une dignité froide, toujours veillant sur soi comme le sujet en présence du maître , une image , un reflet de la nation et surtout de la cour. Ce n'étoit pas le génie qui manquoit aux artistes , c'étoit un milieu où ce génie pût se développer librement. Trois hommes, en effet, se sont placés, en des genres divers, au premier rang dans l'école française, et tous trois se sont affranchis de celte influence de la société. Le Poussin vécut et peignit à Rome , au milieu des modèles éternels de l'art. Lesueur puisa ses inspirations dans le silence des cloîtres, et Claude Lorrain dans la Nature. Non moins vrai que les peintres Hollandois et Flamands, il l'emporte sur eux par la chaleur, la grandeur, la grâce, par la beauté idéale enfin. Lesueur retrouva en lui-même , dans sa rêverie mélancolique et sa foi naïve, les types religieux du moyen-âge, légèrement modifiés par l'étude de l'antique. En un temps où déjà les croyances s'ébranloient , où le doute germoit au fond des esprits, Le Poussin fut comme entraîné, à la suite de Raphaël même, vers la peinture philosophique. Admirable de dessin , d'expression, de composition, coloriste sage, doué du sentiment de la nature et de celui de l'humanité, supérieur en un mot dans toutes les parties de l'art, il ne lui manqua que ce qui manquoit à son siècle, cette vive aspiration à un monde invisible, cette

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sorte de vie interne, étrangère aux sens, qui correspond à l'élément, mystique chrétien.

Après Louis XIV, il s'opéra, au sein d'une société que dissolvoit le matérialisme des idées et des mœurs, une dégénération si rapide et si complète de Fart, qu'on ne sauroit même, sans le profaner, en appliquer ce nom aux productions de cette époque honteuse. Plus tard apparut une nouvelle école , qui , n'ayant sa racine dans aucunes conceptions, aucunes croyances sociales, se caraclérisoit uniquement par un retour au Beau antique dans ses rapports avec la pure forme. Dérivée de la statuaire qu'elle rappelle trop directement , empreinte d'une certaine sécheresse académique , dénuée de cette magie de lumière et de couleur qui vous transporte en une sphère idéale, ce fut, malgré le progrès incontestable qu'il manifestait , un art de simple imitation, de peu de puissance dèslors, et dépourvu de vie propre. En retraçant quelques-unes des scènes contemporaines, et s'associant ainsi au mouvement extraordinaire qui emporloit ïe monde, il s'ouvrit une voie qu'il auroitpu parcourir avec gloire. Mais le sens profond de leur époque ayant échappé aux artistes ballolés par le flux et le reflux des événements , ils ne surent s'élever au-dessus ni du fait contingent, ni de l'opinion variable. Puis, perdus dans cette espèce de chaos

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