‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 143 sur 247 · LIVRE VIIIe.— CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VIIIe.— CHAPITRE VI

L'homme se meut en vertu d'une force primitive interne, inhérente à son être, et il se meut d'abord pour des fins de pure utilité, ou pour accomplir des actes instinctifs. Jusques-là, entre lui et les êtres inférieurs doués aussi de mouvement spontané, nulle différence que celles qui résultent de la diversité des natures et des organismes correspondants. Point d'art possible pour l'animal privé de la vision du Vrai , et conséquemment de la perception du Beau. On pourra, dans ses œuvres, admirer quelquefois une symétrie , une régularité , une beauté analogue à celle que présentent certaines productions de la nature inanimée ; mais cette beauté qui reluit en des œuvres invariablement déterminées par des lois fatales, l'animal l'ignore, il ne la sent pas, et c'est nous qui la découvrons, qui remontons par elle à la source invisible, infinie, éternelle du Beau. Que l'oiseau dans son vol, la gazelle dans ses jeux, décrive des courbes plus ou moins élégantes, déploie plus ou moins de grâce, rien en cela qui ressemble à Fart, et l'art ne commence non plus à exister pour l'homme qu'après que l'intelligence a éveillé en lui avec des sentiments nouveaux de nouveaux besoins.

Sitôt, en effet, que l'homme a conçu quelque chose au-delà de ce qu'atteignent les sens, qu'il a franchi les bornes de leur étroit domaine, attiré

276 IIe PARTIE. — DE L'HOMME.

par une secrète puissance, par un mystérieux attrait en des régions illimitées où sans cesse il poursuit je ne sais quelle vague image qu'il entrevoit obscurément, comme une forme indécise à travers les vapeurs du matin; de ce moment il s'efforce de la reproduire dans ses œuvres, de la revêflr d'un corps, d'exprimer de toutes les manières et par toutes les voies, l'idée qui l'obsède. De là les arts divers qui, procédant les uns des autres ainsi que les êtres et les ordres d'êtres qu'ils manifestent au point de vue du Beau, se dilatent, s'élèvent avec eux, et forment dans leur unité, semblable à celle de la Création, comme le grand clavier de l'harmonie universelle.

Le pas, voilà l'élément initial de la danse, parce qu'il est pour l'homme le mode naturel du déplacement spontané. En vertu même des lois physiques, chaque pas nécessitant une impulsion nouvelle et partant du repos pour aboutir au repos, se divise dès-lors en deux périodes , une période croissante et une période décroissante d'action , ou en deux temps, l'un fort, et l'autre foible : ce qui lui est commun avec le son musical et avec tout mouvement progressif fini. Cette loi générale et nécessaire constitue le rhythme, qui conséquemment a sa racine dans la nature absolue des choses. Nous reviendrons ailleurs sur cette importante . loi ; en

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