‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 144 sur 247 · LIVRE VIIIe. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VIIIe. — CHAPITRE VI

traitant de la musique dont elle est le principal fondement.

De la durée égale des deux périodes du rhythme résulte le sentiment delà symétrie ou de Tordre, et cet ordre symétrique devenant plus sensible encore dans une suite de mouvements ou de sons régulièrement enchaînés, la mesure nait du rhythme, elle en fait ressortir un des éléments essentiels, en même temps qu'elle ordonne et combine, suivant une loi d'unité, les rhythmes divers.

Les pas se succédant à des intervalles de temps égaux, c'est la marche rhythmée et mesurée. Elle appelle, en quelque manière, le son musical qui s'y marie naturellement. Point de danse muette; et alors même qu'elle est privée de son complément nécessaire, c'est encore le sens interne de l'ouïe qui dirige et règle le mouvement , apprécie le rhyhtme et la mesure, et en produit le sentiment.

A partir de la simple marche, la danse se développe suivant les lois universelles de l'Art et suivant ses lois propres. Son développement se divise en deux branches : l'une relative à la direction indéfiniment variable du mouvement, soit rectiligne, soit courbe, se compose de toutes les combinaisons de toutes les lignes harmonieuses; l'autre comprend les combinaisons également harmoniques des mou-

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vements divers du corps entier, du tronc, des membres, du cou, de la tête, et du jeu du visage.

Ce n'en sont là cependant que les éléments matériels. Comme tous les arts, la danse doit parler, elle doit être expressive, elle est un mode spécial de manifestation. La sculpture, la peinture représentent les formes extérieures; la danse représente, non les formes, mais le mouvement, le mouvement spontané surtout, et conséquemment l'instinct, la passion qui le provoque, la pensée qui le dirige. Par les évolutions des chœurs, elle peut, symboliquement au moins, exprimer les révolutions des mondes dans leurs orbites *, ou Tordre apparent de f univers. Elle exprime aussi la nature vivante, en imitant les divers genres de progression des êtres animés; elle glisse, saute, bondit, et se rapproche du vol même. Toutefois, elle n'a qu'une relation indirecte, éloignée avec la création inférieure à l'homme , qui seul est l'objet de ses manifestations immédiates.

Tous les peuples ont eu des danses religieuses analogues à leur culte dont elles formoient une partie essentielle ; et c'est pourquoi partout aussi

» Dès la plus haute antiquité, les théologiens, les philosophes, les poètes , se représentent comme une danse céleste les mouvements périodiquesdes astres dans l'espace.

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