‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 161 sur 247 · LIVRE IXe. — CHAPITRE Ier · texte numérisé non relu

LIVRE IXe. — CHAPITRE Ier

sa notion, non pas toutefois selon l'absolue rigueur de la règle à laquelle la soumet notre système musical, où cette règle sévère ne s'est introduite qu'assez tard et progressivement. Quoique mesurée dune certaine manière , la musique religieuse , d'où la nôtre est sortie, ne la connoissoit pas, et nous dirons ailleurs pourquoi. La mesure a deux fonctions ; elle manifeste un élément particulier du rhythme, la périodicité, et, par sa forme symétrique, elle contribue à réaliser l'une des conditions du Beau , en produisant le sentiment de l'ordre dans un ensemble de sons, comme l'architecture le produit dans un ensemble de plans et de lignes. La nature des effets que le rhythme détermine, dépend aussi , à un haut degré , des différentes vitesses du mouvement. Le même chant avec le même rhythme, selon qu'il est exécuté dans un mouvement vif ou un mouvement lent, change de caractère , au point quelquefois de devenir presque méconnoissable. Ceci a sa raison dans les lois universelles de la Création. Le mouvement, selon sa vitesse ou son intensité , y correspond à des ordres divers de phénomènes généraux ; comme il correspond, dans les êtres doués de sensibilité et d'instinct, à des ordres différents de sensations et d'actes spontanés , et dans l'homme à des ordres de sentiments également divers. Le rhythme du poulx n'est

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pas le même dans la gaîté et dans la tristesse, dans l'impétueuse colère et dans la sympathie calme et tendre.

Les trois éléments dont nous venons de parler, le rhythme avec la mesure et le mouvement qui en dérivent, concourent donc tous à l'expression : ils en sont comme les bases physiques et physiologiques, sans néanmoins être l'expression même, ainsi que nous allons essayer de l'expliquer.

Nécessairement semblable en cela à tous les autres arts , qui ne sont comme elle que des fragments de l'Art complet essentiellement un, parce qu'il correspond à l'unité divine et à l'unité de l'œuvre divin, la musique a pour terme le Beau infini, et, dès-lors, ce qu'elle représente, ce qu'elle tend à reproduire, ce ne sont point les choses telles qu'elles sont, mais leur type éternel , le modèle idéal qu'elles recouvrent, en quelque manière. Car, selon la pensée de Rousseau , admirablement vraie en ce sens : « Hors le seul être existant par lui même, « il n'y a rien de beau que ce qui n'est pas. »

Ainsi la musique n'imite point, elle crée, elle concourt à réaliser le monde immatériel où l'esprit se dilate sans fin. Par elle donc aussi l'homme exprime ses conceptions, progressives comme lui, de Dieu et de l'univers ; il s'exprime lui-même , dans ses rapports avec la Cause suprême , avec ses sem-

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