LIVRE IXe. — CHAPITRE l6r
et la raison en est encore qu'à notre égard , au moins, le rhythme implique le son, parce qu'il n'est perçu et apprécié qu'au moyen du son.
Considéré dans ses rapports avec l'art musical , le son est complexe; on y doit distinguer deux choses, le timbre qui exprime la forme intime et permanente dont il est le retentissement, et le rhythme qui exprime, non cette forme, mais celle du mouvement. De là vient que le timbre n'implique essentiellement qu'un son correspondant à la forme intime essentiellement une , tandis que le rhythme , au contraire , implique plusieurs sons consécutifs , parce que la forme du mouvement total n'est déterminée que par une série de mouvements partiels , liés entre eux suivant une loi constante qu'ils manifestent sensiblement.
Le rhythme peut avoir deux origines diverses , selon qu'il procède par une progression numérique de termes pairs ou impairs , d'où le rhythme binaire et le rhythme ternaire. Ces deux genres de rhythmes renferment tous les rhythmes possibles, lis ne se résolvent jamais l'un dans l'autre, mais ils peuvent se mêler et ^e combiner d'une multitude de manières , au gré de l'artiste , suivant la nature des impressions qu'il a pour but de produire. On
qui portent son nom, par des considérations tirées de l'ordre d'idées que nous indiquons ici.
308 IIe PARTIE. — DE L'HOMME.
découvre ici l'un des liens qui unissent la poésie à la musique; car l'harmonie du vers, sa cadence, dépend d'un rhythme qui, pour le fonds, ne diffère point du rhythme musical; et le simple langage parlé, principalement lorsqu'il se passionne, en offre encore des traces profondes.
Le mouvement , au sein de l'univers , étant la manifestation de la vie, le rhythme ou la forme du mouvement exprime les modifications des êtres vivants , leur état interne , tel qu'il résulte de l'ensemble des causes qui agissent sur eux et sur lesquelles ils réagissent. En rapport naturel avec certaines conditions physiologiques , il tend à son tour à réaliser ces conditions en ceux dont il affecte les organes , et conséquemment à modifier, suivant son caractère spécial , leur sensibilité. De tous les sentiments que peut éprouver l'homme , il n'en est pas un qui n'ait son rhythme propre, et le rhythme seul commence déjà à les réveiller en lui. C'est au rhythme que la musique doit, en grande partie, sa puissance. Privée du rhythme, elle n'existeroit pas : elle ressembleroit à une langue où les mots , se succédant sans être enchaînés par une loi qui les lie entre eux et les ramène à l'unité , ne formeroient dès-lors aucun sens.
La mesure marque les relations du rhythme avec le temps. Il la renferme donc essentiellement dans