LIVRE IXe.— CHAPITRE Ier
lois de l'art musical, l'homme exprimoit ses conceptions de Dieu et de l'univers, et s'exprimoit luimême dans ses rapports, soit avec des semblables, soit avec la Nature : vaste sphère qui embrasse tout ce qui est et peut être, le monde spirituel des essences et le monde des purs phénomènes, les êtres doués d'intelligence et ceux qui, relégués en de moins hautes régions , descendent graduellement jusqu'aux corps bruts privés de toute spontanéité comme de toute organisation.
De là deux parties dans la musique, deux branches séparées, quoiqu'elles aient une commune racine : l'harmonie et la mélodie.
L'harmonie, ou la science des accords, exprime le monde inférieur et les rapports des êtres dans ce monde, elle en est la voix. Mais ces rapports harmoniques ne se pénètrent pas de manière à se concentrer dans une unité correspondante à une pensée réelle; ils ne font point un sens, parce qu'ils n'émanent point d'une nature intelligente. Fondés sur les lois physiques de la résonnance des corps sonores, ils dépendent de ces lois, comme les rapports des formes extérieures relatives à la vue dépendent des lois géométriques; et ces deux ordres de rapports sont également représentés par le nombre, qui en est l'expression naturelle. Ainsi, la série des accords, ou plutôt les différentes séries
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engendrées par un accord primordial, et qui s'engendrent ensuite Tune l'autre, suivant certaines règles invariables dérivées de leur nature et constitutives des modulations , correspondent aux relations qui unissent les formes essentielles et intimes des corps, et en manifestent les lois, identiques au fond avec celles de ces accords mêmes : de sorte que, dans celte classe d'êtres, dans la classe, disonsnous, des êtres inorganiques, l'harmonie musicale représente, exprime 1 harmonie de la Création.
Quoique modiûée par les lois physiologiques des êtres vivants, la musique, quant à ceux doués seulement de sensibilité et d'instinct, s'élève peu audessus de ce qu'elle est à l'égard des êtres inférieurs, elle reste dans le même ordre fondamental, c'està-dire, qu'en manifestant des formes, des natures plus parfaites et les rapports qui subsistent entre elles, elle ne sort point de la sphère de la fatalité, de la nécessité, elle n'exprime aucunes conceptions, elle n'a pas en soi la puissance qui lie spontanément et combine ces rapports, en les comparant à un type idéal qu'elle aspire à réaliser ; en un mot, dépourvue de l'élément intellectuel, réduite à ce qui est du domaine des sens et du pur instinct, elle manque du principe générateur de la mélodie.
Qu'est-ce, en effet, que la mélodie? Une suite de sons déterminés qui s'appellent et s'enchaînent