LIVRE IXe.— CHAPITRE Ier
comme les mois dans le discours. Correspondante au sentiment inséparable de l'idée, elle exprime un sens, une pensée, en exprimant sa relation avec l'impression qu'elle produit sur ceux à qui elle est présente; elle exprime les passions, les affections, l'état interne, quel qu'il soit, d'une nature personnelle ; elle exprime enfin ce que ressent en soi l'être qui, contemplant le Beau infini dans son immuable essence, s'unit à lui par un amour qui devient sa vie même, et le chercbe et le découvre avec ravissement sous le voile mystérieux de ses manifestations terrestres, et, de toute l'ardeur d'un désir qui renait sans cesse de lui-même, s'efforce de le reproduire tel qu'il le perçoit. Rien de semblable dans le monde des corps, ni dans le monde que régissent les lois purement physiologiques. C'est pourquoi, étrangère à ces deux mondes, la mélodie est l'expression des êtres intelligents et d'eux seuls. Elle se distingue encore de l'harmonie, en ce qu'elle procède, comme le langage, par une suite de. sons successifs et simples, tandis qu'à raison de son essence même l'harmonie implique le concours de plusieurs sons simultanés. De plus, suivant la remarque d'un écrivain qui, quoiqu'on puisse lui reprocher des opinions trop exclusives, a fait preuve d'un esprit vraiment philosophique en traitant de l'art musical, « le principe harmonique de la ré-
5i6 IIe PARTIE. — DE L'HOMME.
« sonnance des corps sonores, ne donnant que des « progressions de douzièmes, n'est applicable qu'à « l'harmonie des accords, et ne peut faire naître « l'idée du chant à qui que ce soit, pas même au « musicien le plus exercé et le plus instruit ; ou , « s'il la lui fait naître, ce ne peut être que d'une « manière très-indirecte; car il n'est ni possible, « ni vraisemblable même, qu'on parvienne jamais « à découvrir dans la résonnance des corps impas- « sibles (sur lesquels seuls il est possible d'obtenir « les sons harmoniques et concomitants d'un son « principal), quelque chose de commun avec l'ex- « pression imitative de nos sentiments, qui est l'ob- « jet essentiel du chant * ».
Toutefois, l'harmonie et la mélodie se lient l'une à l'autre, comme la Nature est liée avec l'homme ; mais l'harmonie doit être subordonnée à la mélodie, comme la Nature doit l'être à l'homme , comme dans la peinture la couleur est subordonnée au dessin, et le paysage à la figure humaine : car toutes ces choses se tiennent intimement et sont entre elles dans le même genre de rapports.
Nous l'avons dit ailleurs, Dieu est le suprême artiste, et son œuvre, c'est l'univers, au sein duquel
1 Villoteau, Recherches sur les analogies de la musique avec les arts qui ont pour objet l'imitation du langage; tome I, préf. p.
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