‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 167 sur 247 · LIVRE IXe. — . CHAPITRE Ier · texte numérisé non relu

LIVRE IXe. — . CHAPITRE Ier

de lui-même, emporté, ce vpie semble en des espaces illimités par les ondes sonores, qui se déploient comme une mer sans rivages. Au sein de ce monde peuplé de formes indécises , aériennes , ses flottantes rêveries se dessinent comme des ombres fugitives à l'horizon d'un vague infini.

L'orgue décompose et ramène, sous l'empire des lois musicales , le son indéfiniment complexe de la cloche. Pour l'étendue , l'éclat , la puissance , il n'a point de rival. Il est la voix de l'église chrétienne, et comme l'écho du monde invisible qu'elle manifeste symboliquement. Ses proportions, sa forme, ont un aspect architectural , et de ses profondeurs sort un volume de son suffisant pour remplir l'édifice le plus vaste. Tantôt il provoque le recueillement et la contemplation par une harmonie voilée, mystérieuse1 ; tantôt il émeut d'une tristesse sainte, ou enflamme les désirs d'une céleste ardeur. Quelquefois il gronde comme l'orage , mugit comme la tempête sous les voûtes tremblantes ; quelquefois on diroit les soupirs des esprits, devinés plutôt qu'entendus, saisis seulement par l'ouïe interne. Que faut-il de plus pour en faire une création d'un ordre unique? Il manque cependant, à d'autres égards, de certaines qualités dont nous parlerons quand nous aurons à le considérer dans ses rapports

* Les jeux appelés fonds d'orgue,

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avec le caractère spécial de la musique religieuse. Ce que nous voulons surtout remarquer ici , c'est le sentiment exquis, l'inspiration qui a guidé les inventeurs inconnus de cet instrument gigantesque, et l'industrie admirable avec laquelle ils sont parvenus à réaliser ce qu'un délicat instinct, beaucoup plus sans doute que la réflexion , leur montroit comme un but qu'ils dévoient s'efforcer d'atteindre. On a vu comment la cloche, par d'innombrables vibrations partielles , et conséquemment par autant de sons coexistants au son principal , représente la voix une et multiple de la Nature. Il étoit nécessaire que l'orgue , pour correspondre en tout au symbolisme du temple chrétien , produisit un effet analogue. Mais que de difficultés, insurmontables en apparence , dans une semblable tentative ! On les a pourtant surmontées avec une merveilleuse hardiesse, enjoignant au diapason fondamental *., accompagné de ses registres consonnants, les jeux de mutation dont plusieurs 2 offrent d'horribles dissonnances , mais qui se perdent dans la masse harmonique de l'instrument. Ces discordances , perçues à peine, rappellent par leur contraste les bruits indéterminés de la nature, en font naître la sensation fugitive, lointaine, en même temps que les sons

1 Le bourdon.

* La tierce, la quarte de Nazard , etc.

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