LIVRE IXe. — CHAPITRE IeP
la seconde à l'harmonie, bien que ces deux éléments de l'art se combinent dans Tune et dans l'autre. Mais la mélodie des instruments dérive primitivement de la voix, en est une imitation, comme l'harmonie des voix se rapporte aux accords originairement donnés par les instruments, en vertu des lois absolues de la résonnance des corps.
La voix de l'homme correspondant à ce que l'art a de plus sublime, étant, pour ainsi dire, le lien qui l'unit au Beau infini, toutes les autres doivent se grouper, s'ordonner autour d'elle, l'accompagner, selon le sens aussi juste que profond du mot. Elles lui créent un lieu harmonique, comme la peinture, en reproduisant la nature extérieure, crée à l'homme son lieu nécessaire. Toutefois, de même que la peinture admet, bien qu'en un rang moins élevé, le pur paysage, l'art aussi admet une musique purement instrumentale. On ne doit pas croire cependant que ni l'un ni l'autre soient étrangers à l'homme. Il y est à la fois présent et caché : caché, parce qu'il n'y a point de manifestation immédiate; présent, parce que l'œuvre de l'artiste exprime et communique les impressions qu'il a reçues de la nature, les sentiments qu'elle a réveillés en lui.
Au-dessus de l'art et de ses lois dans son unité immense et complexe , l'art n'a pu inventer d'instrument qui, sous ce rapport, en reproduise l'i-
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mage. Mais cette espèce d'instinct profond qui est le génie de l'humanité , lui a créé un organe propre, mélange de métaux divers et de timbres dès-lors différents, unis par la fusion en un corps d'une forme déterminée par certaines courbes géométriques , la cloche en un mot. S'il étoit possible de s'élever à une hauteur où tous les bruits de la terre , sans cesser d'être perçus , se confondissent en un seul bruit, on entendrait comme un son unique , et dans ce son une prodigieuse multitude d'autres sons. Ce seroit vraiment la voix de la nature, indéfiniment variée, rigoureusement une. A notre égard, la cloche est cette voix. Elle ne rend pas seulement un son, le son principal dont l'oreille saisit immédiatement l'unité puissante. Chaque particule de métal rend aussi, selon sa nature, ses connexions, sa densité, sa masse, un son particulier perceptible, surtout à des distances peu grandes. Ces sons élémentaires, parties intégrantes du son principal, tourbillonnent et bruissent, comme les voix innombrables d'êtres fantastiques, autour de la cloche ébranlée. Ils l'enveloppent d'une sorte d'atmosphère vivante , pleine de prestiges indéfinissables. De là ses merveilleux effets. Lorsqu'elle vient à vibrer, tout vibre au même instant, les corps bruts, les êtres animés ; quelque chose frémit et s'émeut dans les entrailles de l'homme, ravi hors