LIVRE IXe. — . CHAPITRE 1er. 32S
prendre que ces chants aient dû être réglés par le législateur, et que, selon les lieux et l'organisation sociale, les prêtres ou les magistrats veillassent attentivement à ce qu'ils ne reçussent aucune altération, non-seulement quant aux paroles qui gravoient les enseignements dans l'esprit, mais encore quant aux modes et à la tonalité , dont l'effet étoit d'exciter, par l'action physiologique du son, les sentiments que dévoient réveiller ces paroles. Le bon ordre de la société, la révérence universelle pour les choses consacrées, la sainteté des mœurs, en dépendoient évidemment. Un changement apporté à la tonalité, l'introduction d'un nouveau mode, pouvoient avoir, suivant la nature des impressions qui s'y rattachoient , les plus graves conséquences pour la morale publique, et tendre à ébranler les institutions établies. Certains sons, certains rhythmes contribuoient puissamment à entretenir l'esprit religieux, le courage guerrier, le dévoûment à la patrie , toutes les mâles et austères vertus. D'autres rhythmes, d'autres tons provoquoient, au contraire, à la mollesse, à la volupté, et par leur influence énervante, engendroient ces habitudes lâches, efféminées, cette corruption profonde , si funestes à quelques nations de l'Asie , d'où, avec leur musique1, elles pénétrèrent chez 1 C'est ce qui arriva en Egypte, pendant la domination des Perses ,
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d'autres peuples, que leur simplicité primitive, ou la sage rigueur de leurs lois en avoient préserves jusque-là.
Ajouter une corde à la lyre, cétoit, parmi les Grecs et les Égyptiens, préparer une révolution politique et religieuse, car c étoit en faire une dans la musique conservatrice des bases de lÉtat, dans le caractère du discours, dans la poésie, dans la langue même. Les premiers instruments, comme nous l'avons déjà remarqué, servoient, en effet, seulement à donner le ton à la voix, à Ty maintenir, à lui fournir des points d'appui pour les diverses inflexions des accents, et à déterminer les limites où elle dcvoit se renfermer; enfin, à marquer le rhythme et la cadence du vers, du chant ou de la danse. Les mêmes sons dont se composoit la tonalité génératrice des modes légalement admis, étoient aussi ceux sur lesquels les anciens avoient fondé les principes et les règles de leur prosodie et de leurs modulations oratoires. La mélodie du discours embrassoit, suivant Denis dUalicarnasse, un intervalle de quinte : elle ne s'élevoit pas au-delà de trois tons et demi vers l'aigu, et ne s'abaissoit pas vers le grave au-delà de cet intervalle. « Mais ,
après l'invasion de Cambyse. Lorsqu'ensuite elle eut secoué le joug, l'ordre sacerdotal tenta vainement de remettre en vigueur les règles et les coutumes antiques.