‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 178 sur 247 · LIVRE IXe.— CHAPITRE 1er. 34g · texte numérisé non relu

LIVRE IXe.— CHAPITRE 1er. 34g

Rapportés à ce qu'ils ont de fondamental, les progrès de la musique, depuis l'époque où Fart chrétien se constitua jusqu'à nos jours, présentent plusieurs phases distinctes. La première se caractérise par l'unité de ton; non pas qu'un ton ne pût succéder à un autre ton; mais, conservant tous deux leur nature absolue, ils se suivoient sans se lier, sans se fondre. Dans la seconde phase, l'emploi des altérations chromatiques établit entre ces tons divers la liaison que la tonalité du plain-chant rendoit impossible : d'où la création d'une musique nouvelle appropriée à l'expression des passions humaines. A mesure que se multiplient les accents passionnés, la nécessité de donner des attractions descendantes et ascendantes aux notes naturelles des accords conduit à une autre altération, appelée enharmonie, qui, développant des affinités nouvelles entre les tons, les unit par une sorte de fusion plus intime. Enfin, la tendance actuelle paroît être d'achever complètement cette fusion, de manière à former de tous les éléments de l'art long-temps disjoints, de plus en plus rapprochés ensuite, un seul tout organique ; et, chose bien remarquable, cette tendance, liée aux lois de notre nature et déterminée par elles, n'est qu'une forme particulière de l'éternelle tendance d'après laquelle s'opère l'union toujours croissante de l'homme avec Dieu , et

546 IIe PARTIE. — DE L'HOMME.

avec l'univers qu'il élève vers Dieu, en s'élevant lui-même vers ce terme dernier auquel aspire perpétuellement, invinciblement, tout ce qui est.

Page 1