LIVRE IXe. — CHAPITRE II
d'après les yeux se mouillent de larmes. Qui a peint comme lui l'amitié, la tendresse naïve, la pitié secourable, le mouvement naturel d'un cœur qui se penche sur un autre cœur? C'est proprement un charme. 11 ne retrace pas seulement les caractères, les passions, les mœurs, mais aussi les misères sociales, les injustices auxquelles l'habitude rend presque indifférent ; il les fait détester , il proteste en faveur du foible contre l'abus de la force, en faveur de l'humanité contre ses oppresseurs. Héritier des vieilles traditions de liberté généreuse, lorsque tout ploie, il résiste encore, il conserve religieusement le sentiment du droit et le réveille de mille manières : il est vraiment le poète du peuple. La nature également l'attire. Qui Ta mieux observée, mieux sentie? qui l'a revêtue de couleurs plus vraies, plus brillantes, plus suaves? C'est en lui qu'il faut admirer les ressources infinies, la variété inépuisable, le rhythme flexible, la richesse harmonique d'une langue qui se transforme pour tout exprimer, pour tout peindre avec une égale perfection. Il n'est pas un seul genre, ni presque une seule nuance de style dont il n'offre un modèle achevé; tout s'y trouve, majesté, grandeur, énergie, élégance, délicatesse, ingénuité, beauté noble et décente ,
Et la srâce plus belle encore que la beauté s
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et ce je ne sais quoi d'onduleux dans son mouvement volage, de contours indécis, d'aérienne transparence, qui prête un corps à ce qui n'en a point.
L'Allemagne ne vint que beaucoup plus tard , à l'appel de Lessing, prendre son rang dans la poésie dramatique. Déjà le dix - huitième siècle avoit ébranlé les croyances, déjà chanceloit l'antique société, minée chaque jour par les doctrines d'une philosophie novatrice. Elle modifia grandement le génie de Goethe et de Shiller. Celui-ci, rejetant les lois sévères du théâtre françois, imita Shakespeare; mais il n'avoit ni la fécondité , ni la verve, ni le pathétique profond, ni la puissante originalité du poète anglois. Entraîné par l'esprit de son temps , il manqua quelquefois de vérité, il mit dans la bouche de ses personnages des idées et des sentiments tout-à-fait étrangers à leur époque, il dogmatise lorsqu'il faudroit émouvoir et peindre. Ce n'est pas qu'il manque de sensibilité, ni d'un certain sens historique; surtout il possède à un haut degré le sentiment moral. Sous ces rapports, son Wallentein offre, ainsi que son Guillaume Tell, des beautés très-remarquables. Sa place, quoique distinguée, n'est cependant que secondaire : on ne le sauroit compter parmi les modèles de l'art. Il est dans la poésie de sublimes hauteurs que la sienne n'atteint pas j le dessin en est mou et le çolori§ terne j e|{e