LIVRE IXe. — CHAPITRE II
ne roule pas des eaux abondantes et rapides, elle baigne ses rives et ne les entraine pas.
Goëtz de Berlinehingen représente les efforts fébriles, les convulsions dernières de la féodalité mourante. Le tombeau silencieux où elle va descendre avec l'indépendance tyrannique des barons , sera le berceau de la liberté des peuples, qui palpite déjà au sein des masses soulevées , mens agitât molem. Mais le véritable drame de Goethe , celui où ce poète a exprimé tout à la fois et sa propre nature, et l'un des caractères le plus marqué de son siècle, c'est Faust. La légende qui en fait le sujet avoit vivement frappé les imaginations , parce qu'elle renferme, avec un enseignement chrétien, le problème fondamental de l'humanité. Goethe saisit le côté poétique et philosophique de ce mythe populaire, mais il en changea complètement l'esprit. Son Faust, c'est Prométhée, c'est Job, c'est l'homme tourmenté d'aspirations infinies , et , du fond de l'angoisse qu'engendre en lui l'opposition entre ses invincibles désirs et sa foiblesse irrémédiable , s'interrogeant sur ses destinées. A quarante siècles de distance , la question du bien et du mal , qui préoccupoit si vivement le poète arabe, est posée de nouveau. 11 l'avoit résolue par l'idée d'une direction providentielle et d'une haute justice dont les yoies nous sont inconnues, et que nous devons
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adorer sans la comprendre. Goethe rejette cette solution trop humble pour sa raison superbe. L'impuissance à comprendre est égale en lui et en Job ; les mêmes ténèbres enveloppent pour eux le mystère qu'ils voudraient sonder; mais, ferme dans sa foi, Job affirme Dieu, et par là même il affirme le bien, identique avec Dieu. En un temps de réaction contre la foi et conséquemment contre Dieu , objet de pure foi, Goethe ne pouvant comprendre, est forcé de nier ce qu'il ne comprend pas, de nier Dieu, de nier le bien dès-lors ou d'affirmer le mal, pure négation du bien; et Faust n'est, en effet, qu'une affirmation désepérée du mal, du mal infini , éternel. Il apparoît dans ce drame sinistre avec son caractère radical d'orgueil et d'ironie. Le sujet est tragique, et ce qui partout domine, c'est un rire sec, acre et moqueur. Pas une combinaison, pas un incident qui n'ait pour but de mettre en relief le véritable héros du poëme, Mephistophelès, le mal incarné. Pour que l'idée ressortit plus vive et plus nette , un contraste étoit nécessaire ; de là Marguerite, la jeune fille innocente et simple, profanée , entraînée au crime , au meurtre de son propre enfant, sans pouvoir presque résister, opprimée qu'elle est par une fatalité horrible, et le cœur toujours plein d'un céleste amour pour la yertu devenue en elle une dérision amère, mourant