‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 226 sur 247 · LIVRE IXe. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE IXe. — CHAPITRE III

vaine ombre de l'art oratoire, quand la révolution de 4789 éclata.

L'éloquence jusqu'alors exclue de l'ordre politique, y pénétrant toup-à-coup en fit son principal domaine : elle y régna souverainement. Jamais la puissance de la parole ne s'étoit encore aussi pleinement manifestée. Elle détruisit un monde et en créa un nouveau. Rien de ce qu'avoit affermi le temps, de ce que les habitudes, l'opinion, les mœurs avoient consacré, ne tint contre ses attaques. Gouvernement, lois, institutions, elle renversa, elle emporta tout, comme le torrent qui roule et bondit sur les flancs escarpés de la montagne, emporte la cabane que le pâtre a bâtie sur ses bords. Et à mesure que croule l'édifice ancien, un autre édifice s'élève. Je ne sais quelle vertu plastique s'épand au sein des ruines. Un souffle inconnu passe sur les débris de la société et les ranime; elle s'organise sous l'influence d'un droit qui devoit en changer complètement la face. Les peuples marchoient courbés sous le poids de la servitude et* du privilège égoïste ; ils se relèvent au nom de la liberté, de l'égalité, de la fraternité. La conscience chrétienne réagit contre le principe payen et en triomphe définitivement. De ce jour une ère nouvelle commença pour l'humanité, un nouvelle horizon déploya devant elle ses vastes perspectives; elle s'avança pleine d'espérance dans une voie

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où l'attirent de mystérieux pressentiments. Mais que de travail, que d'efforts pour lui en ouvrir rentrée! Quel choc violent de toutes les passions! Quelle lutte désespérée entre le passé qui voudroit vivre encore, vivre toujours, et l'avenir qui le pousse dans la tombe! A la distance où déjà nous les contemplons, ceux que choisit la Providence pour instrument de ses desseins, les acteurs de ce grand drame prennent des proportions surhumaines. Semblables à ces êtres gigantesques dont les poëmes indiens racontent les combats dans les sombres entrailles de la Création primitive, ils apparoissent à notre imagination fascinée sous des formes colossales, étranges, fantastiques. A qui les comparer? A quels orateurs des âges précédents? Aucune parole ne ressemble à leur parole. Ardente, impétueuse, effrénée, elle brille comme l'éclair, mugit comme la tempête, déborde comme la mer soulevée par l'ouragan , embrase et dévore comme l'incendie. Pour donner quelque idée de cette parole extraordinaire, il ne faut pas nommer des hommes; chacun d'eux, quelque grand qu'il fût, n'en étoit qu'un accent; il faut la saisir à la fois dans toutes ses expressions et dans tous ses contrastes , dans ses harmonies et ses dissonances , ses mouvements si divers , si brusques , si imprévus , ses flux et relias immenses . dans son iafinje variée §t m

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