‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 227 sur 247 · LIVRE IXe. — CHAPITRE IIÏ · texte numérisé non relu

LIVRE IXe. — CHAPITRE IIÏ

unité formidable. Enfin, son œuvre faite, elle se tut, et le temps depuis n'en a réveillé que de foibles et lointains échos.

Nous n'avons parlé jusqu'ici que de l'un des éléments de l'art oratoire; le discours. Mais le discours manque de vie, si la voix et le geste ne l'animent, et il manque encore de tout ce qu'ajoute à sa puissance propre la communication sympathique qui s'établit entre les auditeurs dans une vaste assemblée.

Eschine exilé lisoit un jour à ses disciples la harangue magnifique qui décida sa condamnation. Lorsqu'il en vint à cet endroit où Démosthènes s'écrie : « Le monstre horrible, ô Athéniens, l'hor- « rible monstre qu'un calomniateur î » ce furent des transports d'admiration. « Que seroit-ce donc, dit Eschine, si vous aviez entendu la bête * rugir. »

On demandoit à ce même Démosthènes quelle étoit la première qualité de l'orateur? Il répondit : L'action. Et la seconde? L'action. Et la troisième? L'action. L'action, en effet, est l'élément sensible de l'éloquence, ce qui frappe l'oreille et les yeux, ce qui émeut organiquement , l'expression directe de la passion, le lien qui unit sympathiquernent l'orateur et ceux qui ,1'écoutent. Il agit sur eux, même en parlant une langue qu'ils ignorent, et les effets de la.

parole se rapprochent alors de ceux de la musique, qui arrive, elle aussi, à l'âme par les sens, qui touche et entraine sans réveiller aucune idée distincte dans l'esprit;

Voilà pourquoi un discours médiocre peut produire quelquefois une vive impression. Ce ne sont pas les choses dites qui remuent, c'est la voix, l'accent, le regard, le geste. Il en est ainsi au théâtre, et Facteur, en effet, ne diffère de l'orateur qu'en un seul point : celui-là imite, et celui-ci exprime la réalité même. Certaines qualités indépendantes du travail et de l'étude, la taille, le port, la grâce et la noblesse naturelle des mouvements, la beauté de la figure, l'expression de la physionomie, l'harmonie des traits, un organe flexible et sonore, sont, pour l'un comme pour l'autre, d'inappréciables avantages. Il y a des voix dont le timbre seul exerce une sorte de fascination qui a son principe dans les rapports intimes du son et du'sentiment, lesquels forment une des bases principales de la musique. Cependant ces qualités si précieuses demeurent stériles si l'inspiration ne les féconde; si l'orateur n'a encore en soi , une puissance de concevoir et une faculté de sentir, un foyer de lumière et de chaleur, sans lequel il ne sera jamais qu'un discoureur plus ou moins vide. Avec la seule pensée on peut être disert ; pour être éloquent il est nécessaire que la

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