‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 25 sur 247 · LIVRE VIIe. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE VIIe. — CHAPITRE IV

rance de la cause prochaine et réelle en ce sens. L'univers n'est un enchaînement d'effets, que parce qu'il est un enchaînement de causes , et la science ne consiste pas moins dans la conception des causes que dans la connoissance des effets, et même toute vraie science se résume dans la conception des causes et de leurs relations ou de leurs lois.

D'autres ont cherché l'explication des premières manifestations de l'activité humaine, des inventions premières , dans l'expérience fécondée par la réflexion. Mais, d'abord, quelle longue suite de siècles n'auroit-il pas fallu pour arriver par cette voie seulement à l'état le moins avancé de ceux dans lesquels Thomme se présente à nous? Il est donc plus que difficile de concilier cette hypothèse avec ce que toutes les données scientifiques concourent à faire présumer touchant l'époque de l'apparition de l'homme sur la terre. Ce n'est encore là cependant que l'une des moindres difficultés qu'elle renferme. Comment Thomme auroit-il pu vivre et se propager dans l'état qu'on suppose avoir été le sien si long-temps ; vivre hors de sa nature , privé de tout ce qui supplée à l'insuffisance de ses organes pour se garantir des causes destructives qui l'environnent en si grand nombre? Cela ne se conçoit en aucune façon ; car on ne doit pas perdre de vue que l'animal , par le seul fait de son développement orga-

48 IIe PARTIE. — DE L'HOMME.

nique , devient lout ce qu'il peut être , acquiert individuellement tout ce qui est indispensable à sa conservation et à celle de l'espèce . Mais il n'en est point ainsi de l'homme. Le pur développement organique ne coïncide nullement en lui , d'une manière nécessaire, avec le développement de ses facultés supérieures , le développement de l'intelligence , au moyen duquel il se crée les instruments d'action , les ressources de tout genre qui lui manquent, sans quoi tout individu humain auroit été et seroit toujours tout ce qu'est , tout ce que sera jamais un autre individu humain , à la légère différence près qu'on observe chez les animaux entre les individus de même espèce. Il faudroit donc, encore un coup , admettre que l'homme a été , durant des siècles , dépourvu de ce qui fait vraiment l'homme, de ce qui assure son existence , le rend capable de la défendre contre tout ce qui la menace incessamment, qu'il a vécu , pendant un long période, dans un état opposé de tout point à sa nature. Et cet état comment en seroit-il sorti ? Comment , absorbé qu'il eût été dans ses besoins physiques , sans cesse occupé d'y satisfaire , auroit-il pu s'élever audessus de cette vie matérielle , porter sa pensée sur d'autres objets, cultiver, développer sa raison, l'appliquer à la recherche d'avantages dont il n'avoit aucune idée précédente? Il n'est point d'exemple

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