‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 27 sur 247 · LIVRE VIIe.— CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE VIIe.— CHAPITRE IV

existence idéale, l'existence des pensées distinctes, des exemplaires, des types éternellement subsistants en Dieu.

Le second système qui attribue au travail de la réflexion combinée avec l'expérience les inventions premières à l'aide desquelles l'homme a maîtrisé la Nature , les manifestations primitives de sa puissance intelligente et l'origine du langage même , n'offre pas de moindres difficultés. Car supposer l'homme actuellement capable d'observer , de réfléchir, de se proposer un but d'amélioration et d'y tendre , pour ainsi parler , logiquement , c'est le supposer dans un état qui implique le développement môme qu'on essaie d'expliquer. Il s'agit, qu'on ne l'oublie point, des premiers commencements. La raison perfectionne ; guidée par l'analogie , elle passe d'une invention , d'une découverte déjà faite, à une découverte, une invention ultérieure, simple extension de celle qui précède. Mais de là au terme initial de cette série , quelle distance énorme ! Par cela seul qu'il est initial , il ne peut avoir la même origine ni dépendre des mêmes lois que les autres. Quel moyen , en effet, de se le représenter comme le produit de l'activité de l'esprit dirigée par la ré-^ flexion ? Etre actif en ce sens, c'est chercher. Or la recherche implique le désir , qui implique à son tour la connoissance de son objet : ignoti nulla eu-

82 IIe PARTIE. — DE L'HOMME.

pido. La première invention n'a donc pu être le résultat d'une recherche impossible , puisqu'elle auroit été sans motif, d'une action sans cause, puisque rien n'eût excité l'esprit à agir. Aussi les défenseurs de ce système , peu satisfaits eux-mêmes de leur propre solution, ne pouvant s'en dissimuler le vice irrémédiable, ont-ils recours à une sorte de ressource extrême , au hasard , pour expliquer ce que leur hypothèse n'explique pas : triste explication , car qu'est-ce que le hasard ? et se peut-il imaginer rien de plus étrange que de venir gravement dire aux hommes : Vous avez vécu par hasard , vous devez au hasard l'évolution de votre être, le développement de vos facultés, votre existence même liée à ce développement? Le hasard, certes , n'est pas une loi , et tout ce qui subsiste , se développe , croit et subsiste en vertu de certaines lois déterminées et nécessaires qui excluent rigoureusement l'idée de hasard. L'ordre de l'univers, renchaînement des êtres, l'expansion régulière des natures diverses qui forment par leurs relations l'unité de l'ensemble et son harmonie, ne sauroient résulter de combinaisons fortuites. Tout ce qui est a dû être , a dû occuper une place donnée à un moment donné , et le contraire implique une contradiction absolue.

Ici, comme dans toutes les conceptions fausses ,

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