LIVRE VIIe. — CHAPITRE IV
c'est- à -dire incomplètes, qu'on s'est faites des choses , les erreurs opposées sont sorties d'une même source, l'ignorance des rapports essentiels, nécessaires , qui subsistent entre Dieu et la Création : d'où il est arrivé que, dans la production des phénomènes de tous les- 'ordres, les uns n'ont vu que Faction de Dieu , de la Cause première et infinie , et les autres que l'action des êtres créés euxmêmes, ou des causes dérivées, finies. Et il est vrai que rien ne se produit au sein de •l'univers sans une action réelle de Dieu , laquelle se modifie suivant la diversité des natures ; mais il est vrai aussi que rien ne s'y produit sans une action non moins réelle des êtres créés , action qui leur est individuellement propre , comme l'action de Dieu est individuellement propre à Dieu ; et l'erreur consiste à méconnoître la nécessité de ces deux actions également effectives , à nier Tune en affirmant l'autre , à vouloir expliquer par l'une d'elles exclusivement ce qui n'est possible que par leur concours. C'est pourquoi la philosophie n'a guère été, depuis les plus anciens temps, qu'une sorte de lutte entre deux principes dont chacun tour à tour s'est efforcé de prévaloir, mais dont aucun n'a pu prévaloir définitivement, parce qu'aucun d'eux n'a pu offrir une raison suffisante des faits. Le théologisme triomphe lorsqu'il s'applique à démontrer l'insuffisance du
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naturalisme ; le naturalisme triomphe également lorsqu'il s'applique à démontrer l'insuffisance du théologisme : et cependant , toujours vainqueurs lorsqu'ils attaquent, jamais la victoire ne leur donne l'empire ; toujours vaincus lorsqu'ils sont attaqués, ils subsistent malgré leur défaite, impuissants à se détruire mutuellement : preuve certaine qu'au fond de l'un et de l'autre il existe une vérité impérissable, qu'au-dessus de la sphère où se manifeste leur antagonisme réel en partie, en partie apparent, ils doivent avoir une racine commune, un point d'union où disparoisse, non la différence qui les spécifie, mais l'opposition qui rendroit contradictoire leur coexistence. Et si on ramène cette grande question à sa forme initiale ou à ses termes les plus généraux, on trouvera, nous le répétons, qu'elle se résout rigoureusement dans celle-ci : Comment peut-on concevoir la coexistence de Dieu et de la Création, ainsi que leurs relations mutuelles? Question que cet ouvrage tout entier a pour but d'éclaircir, et que nous avons traitée directement en soi , avant de descendre aux détails qui maintenant nous occupent.
Revenant donc au sujet qui nous a conduit à ces réflexions , nous allons exposer de quelle manière il nous semble qu'ont dû s'effectuer les développements originaires de l'activité humaine, et avant tout comment nous concevons que l'homme a ac-