‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 30 sur 247 · LIVRE VIIe. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE VIIe. — CHAPITRE V

circonscrits dans l'unité individuelle, les êtres sentants et doués d'instinct; à un autre état encore, elle manifeste , dans ce qui les spécifie, les êtres intelligents, elle manifeste les idées pures, le vrai immuable, éternel. En d'autres termes, la forme ayant en soi la puissance de se manifester, sans quoi, invisible, inintelligible, elle impliqueroit une absolue contradiction ; et la forme, en même temps, subsistant sous trois modes distincts nettement caractérisés , il existe trois modes également distincts de la manifestation de la forme. Et quand nous parlons de la lumière , en ce sens général de manifestation de la forme, il faut entendre que lumière et parole ne sont qu'une même chose en ce qui les constitue radicalement, positivement; qu'identiques à tous autres égards, elles ne diffèrent que par le genre de limitation, leur effet commun étant de produire la vision de ce qu'elles manifestent.

Nous avons fait observer encore que rien ne pouvant être connu ou vu que ce qui est, et rien n'étant ni ne pouvant être hors de Dieu et de l'univers, Dieu et l'univers renfermoient en soi tous les objets possibles de la vision ou de la connoissance.

Les êtres au-dessous de l'homme voient, perçoivent l'univers, le connoissent, mais seulement de cetle connoissance imparfaite qui , ne remontant point au-delà des purs phénomènes contingents et

88 IIe PARTIE. — DE L'HOMME.

variables, exclut, avec l'idée môme de cause, la conception, la compréhension qui forme la véritable connoissance. Ils ne voient, ne perçoivent pas Dieu, ni par conséquent l'invariable, le nécessaire, le vrai qui est en Dieu et qui est Dieu même, et dèslors ils manquent d'une indispensable condition de l'intelligence, de ce qui la caractérise essentiellement.

De leurs rapports avec les choses et de la nature particulière de chacun d'eux dérive leur langage , expression composée de l'action directe des objets de la perception sur les êtres qui perçoivent , et de leur mode spécial de sentir et de percevoir ; expression encore de l'instinct ou de l'énergie spontanée de leur nature même dont il manifeste les lois. Mais, pour bien comprendre ce qu'est le langage dans cette classe d'êtres intermédiaires entre les êtres inorganiques et l'homme intelligent, il faut descendre jusqu'aux êtres inorganiques eux-mêmes, car ils ont aussi leur langage, et c'est en l'étudiant que nous parviendrons à nous faire une idée exacte du langage propre des êtres supérieurs.

Dépourvus de véritable unité individuelle, privés ainsi de la conscience de soi, et conséquemment de toute spontanéité, de toute perception, simples aggrégats de molécules similaires, les corps inorganiques ne présentent que des phénomènes dépen-

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