LIVRE VIIe. — CHAPITRE V. S
danls des lois générales physiques. Leur langage dépend donc directement de ces lois, puisque le langage n'est, par son essence, que la manifestation de la forme, et que la puissance de se manifester est inséparable de toute forme. Or, on peut distinguer dans les corps bruts la forme extérieure de l'aggrégat, forme variable, déterminée presque uniquement par des causes externes, et la forme intime de chaque molécule, ou de chaque groupe de molécules constituant l'élément primitif des formes complexes , c'est-à-dire la nature spécifique du corps.
La forme extérieure de l'aggrégat est manifestée passivement dans ce qu'elle a de positif et dans ce qu'elle a de négatif ou dans sa limite, au moyen de la lumière et de l'ombre : et comme elle implique , d'une nécessité radicale, ces deux éléments, l'un positif, l'autre négatif, sa manifestation implique non moins nécessairement le concours simultané de la lumière correspondante à l'élément positif, et de l'ombre correspondante à l'élément négatif. Limitation de la lumière, l'ombre la suppose comme la limite de la forme suppose la forme; et de même que la forme non limitée seroit contradictoire , ne pourroit exister en aucune façon, la lumière ne pourroit la manifester, si l'ombre, en la limitant, n'en déterminoit la manifestation, comme la forme
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elle-même est déterminée par sa limite nécessaire.
En ce qui touche la forme intime de chaque molécule similaire, examinons ce qui se passe lorsque la lumière vient frapper un corps. Il se produit d'abord des phénomènes de réflexion qui en rendent la surface apparente , tandis qu'une autre portion de lumière traverse, en s'y réfractant, le corps, s'il est diaphane, ou est absorbé par lui, et toujours y a-t-il absorption à quelque degré. Cette même lumière décomposée produit la coloration du corps; et deux causes, entre lesquelles il existe d'ordinaire une étroite liaison , concourent à cette décomposition du faisceau lumineux : la disposition géométrique des molécules du corps , et l'action chimique de ces mêmes molécules qui, douées d'une plus grande affinité pour des rayons d'une certaine nature , les absorbent et repoussent les autres. Or , l'affinité n'est que l'énergie propre de la forme. La couleur spécifique du corps , que détermine l'affinité de ses molécules intégrantes pour certains rayons, manifeste donc leur forme intime ; les couleurs sont donc un vrai langage, et par leur mélange, leurs combinaisons, d'où résultent des nuances innombrables qui expriment tout ce que renferme de divers le monde inférieur, elles sont comme les mots d'une langue universelle, de