‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 36 sur 247 · LIVRE Vil0.— CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE Vil0.— CHAPITRE V

dans les sensations, les impressions, les impulsions internes, par conséquent dans les conditions organiques correspondantes , et dans le langage que ces conditions déterminent. Cette partie commune du langage, plus ou moins considérable selon que les natures sont plus ou moins rapprochées , est perçue , entendue par les êtres d'espèces diverses , et ainsi la voix établit entre eux des relations sympathiques qui , dans Tordre supérieur à Tordre purement physique , concourent à Tharmonie et à Tunité de la Création.

Que si maintenant, nous élevant au-dessus de cette classe d'êtres privés de véritable intelligence, nous recherchons Torigine du langage humain, il est aisé de voir que tout ce que nous avons dit des animaux s'applique à Thomme, en ce qui touche ses rapports avec Tunivers. Semblable à eux par ses sens externes et internes, il perçoit comme eux les phénomènes , comme eux il manifeste les impressions qu'il en reçoit, ses sensations variées, et tout ce que l'énergie essentielle de sa nature développe en lui spontanément. Dépendant des mêmes lois que le langage des êtres inférieurs , ce premier langage a le même caractère de nécessité, et conséquemment de fixité, d'universalité. Étant donné Thomme dans son intégrité organique, il constitue Tune de ses fonctions naturelles, nécessaires, comme la nutri-

70 IIe PARTIE. — DE L'HOMME.

tion, la respiration. Spontané partout, partout identique, tous les hommes le parlent et l'entendent, et les animaux mêmes l'entendent aussi à quelque degré. Il exprime les rapports de l'homme avec le monde phénoménal, et sa nature comme être animé, doué d'instinct et de la faculté de sentir.

Mais l'univers n'est pas le seul objet de sa vision. S'il perçoit la lumière physique par les sens qui lui sont communs avec les animaux , il perçoit encore intérieurement la pure lumière qui manifeste ce que les sens ne peuvent atteindre, la lumière essentielle, identique avec la Parole, le Verbe infini, et dans cette lumière il voit Dieu, et en Dieu l'immuable, le nécessaire, le Vrai, les idées, les causes éternelles. La vision de Dieu et du vrai en Dieu implique , comme la vision de l'univers et de ses phénomènes , une modification de l'être qu'elle affecte, de l'être voyant, c'est-à-dire qu'elle implique une condition organique, expression interne de ce qui est vu, perçu, et qui elle-même se manifeste extérieurement par la voix, puisque, dans ce cas encore , l'action de l'organe vocal , résultat des lois naturelles de l'être , est déterminée par l'influx nerveux agissant sous l'influence de la condition organique correspondante à la perception ou à la vision.

Le langage a donc une relation au Vrai qu'il ex-

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