‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 37 sur 247 · LIVRE VIIe. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE VIIe. — CHAPITRE V

prime, qu'il manifestent, dans ses conditions physiques et physiologiques , une relation à Tordre phénoménal. Or, ce qui appartient à Tordre phénoménal, n'étant pas par soi-même représentatif du Vrai, ne l'exprime pas directement, m.ais exprime seulement ses rapports avec le mode de limitation de l'être qui le perçoit. Dans ce qu'il a de physique et de physiologique, dans l'impression qu'il fait sur les sens , dans ce qui le caractérise à cet égard , le langage n'a donc pas une liaison nécessaire avec le Vrai , il ne dérive pas immédiatement de lui , mais de la nature de Thomme, de son organisation spécifique. Il peut donc varier en certaines limites , et il varie effectivement, comme nous le voyons par la variété même des langues. Toutefois, ces variations n'ont rien d'arbitraire. Si on pouvoit remonter à ce que les langues contiennent d'initial , on reconnoîtroit dans toutes certains éléments communs, expression uniforme de ce qu'il y a de radical dans la nature humaine organique, puis des différences plus ou moins marquées, plus ou moins nombreuses, expression aussi des modifications dont cette même nature est susceptible. Ces différences ne se sont pas fortuitement produites. Elles indiquent , dans le langage de l'espèce, des sources primitivement diverses, et, pour ainsi parler, plusieurs centres de formation, d'où sont émanées les familles de lan-

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gués avec leurs caractères distincfcifs. Chaque souche primordiale a empreint dans la sienne et le type général de la nature humaine , et les modifications que ce type recevoit en elle, quant à l'organe vocal et quant au mode de percevoir et de sentir. Cette cause originaire de différence étant donnée , le reste a suivi nécessairement; car la génération des sons et celle des formes , selon lesquelles s'enchaînent les éléments du discours et de la pensée , ne dépendent en aucune manière ni du hasard ni du caprice. Les premières racines des mots et Tordre premier de leur disposition logique sont comme les premiers termes d'une série qui se développe ensuite régulièrement selon sa loi primitive : d'où le caractère des langues diverses et leur génie propre, reconnoissable encore dans les langues dérivées ou travaillées sous l'influence de circonstances particulières, modifiées, mélangées, comme se mélangent et se modifient, dans ce qu'elles ont de divers, les organisations caractéristiques des races.

Attribuer au langage une origine surnaturelle, la placer dans une révélation autre que celle qu'implique la pensée même, c'est-à-dire, la manifestation de son objet et la vision naturelle de cet objet qui est Dieu, c'est simplement avouer l'ignorance où l'on est de sa véritable origine ou de ses causes immédiates.

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