‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 40 sur 247 · LIVRE VIIe. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE VIIe. — CHAPITRE V

incessante , elles représentent ce qu'aucun individu ne trouveroit en soi; et que, d'une autre part, correspondant à des organisations en partie semblables, en parties diverses, elles renferment dèslors, dans les différences qui les spécifient, un élément contingent et conventionnel en ce sens que le type primitif dont elles ne sont que l'évolution progressive, doit être, par l'habitude et l'éducation, substitué au type qui résulteroit pour chaque individu de son organisation propre.

Quoique la vision de Dieu et du vrai en Dieu soit le caractère essentiel de l'intelligence, l'être intelligent voit aussi le réel ou l'univers avec lequel il a des rapports nécessaires ; et ces deux objets de la connoissance, le vrai et le réel, se combinant, se pénétrant l'un l'autre, selon les lois éternelles de la Création, sont ramenées dans l'esprit qui les perçoit simultanément à l'unité de l'intelligence elle-même. Ainsi la perception de l'objet phénoménal est indivisiblement liée pour l'homme à l'idée typique de cet objet, la perception, par exemple, d'un corps rond physiquement déterminé, à l'idée générale de sphère; et c'est pourquoi il ne voit pas seulement, il conçoit, il unit dans sa pensée les essences et les phénomènes, les causes et les effets, ou les deux mondes, l'un sensible, l'autre intellectuel, au sein desquels il vit à la fois par sa double nature.

78 IIe PARTIE. — DE L'HOMME.

De la même manière et par la même raison, le langage relatif à Tordre phénoménal, et le langage relatif au Vrai, s'unissent pour ne former par leur combinaison qu'un seul et même langage, le langage de l'homme, être organique et intelligent. Les mots qui représentent les objets réveillent en lui des notions tout autres que celles qu'ont les animaux de ces mêmes objets, des notions composées, dans lesquelles coexistent, bien qu'il ne les démêle pas toujours nettement, le vrai et le réel. Et sans cela elles ne pourroient être combinées par l'esprit, car le lien logique qui forme le discours émane immédiatement du Vrai, en suppose la vision, la perception dans l'être parlant. Tout phénomène pur est essentiellement individuel et isolé , puisqu'il n'est phénomène que par ce qui limite ou sépare ; et par conséquent , pour reconnoître , en dehors du simple fait, la liaison des phénomènes, pour la concevoir et l'exprimer par le langage, il faut de toute nécessité que le langage exprime et les phénomènes en ce qui les caractérise comme tels , et ce qui opère leur liaison , c'est-à-dire le Vrai , qu'ils manifestent individuellement dans le temps et l'espace. En un mot , parler , enchaîner logiquement les éléments du langage , ce n'est pas combiner des phénomènes , mais des idées. L'animal fait l'un , l'homme seul fait l'autre , et c'est là ce qui

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