‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 41 sur 247 · LIVRE VIIe. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE VIIe. — CHAPITRE V

les disti ngue radicalement , ce qui met entre eux une distance immense , quelque rapprochés qu'ils puissent paroitre par leur organisation.

Nous avons expliqué ailleurs comment la parole articulée se décomposoit en deux éléments, l'un positif qu'on nomme voyelle, l'autre négatif appelé consonne. La consonne est à la voyelle ce que l'ombre est à la lumière ; elle la détermine en la limitant, muette par elle-même, ténébreuse, insaisissable, incompréhensible, comme l'ombre est invisible par elle-même. Ce qui distingue une consonne d'une autre ne dépend pas d'elle , puisqu'à raison de son essence exclusivement négative, la consonne pure ne sauroit être prononcée , manifestée; mais la voyelle est susceptible de différentes modifications , et conséquemment elle peut être différemment limitée : d'où les consonnes diverses, diverses non en soi, nous le répétons, mais dans leur rapport avec la voyelle diversement modifiée.

Identique avec la lumière en ce qu'il a de radical , le son offre comme elle des nuances correspondantes à l'immense variété des formes qu'il manifeste , et le nombre des voyelles est indéfini comme le nombre des couleurs. Les limites de ce nombre ne sont pas dans le son même , mais dans la nature bornée des différents êtres , dans l'imper-

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fection des organes qui le produisent et des sens qui le perçoivent.

De même qu'une forme complexe résulte de la combinaison de plusieurs formes simples, les noms représentalifs des formes résultent de la combinaison de plusieurs sons élémentaires. C'est pourquoi les bases d'une langue une fois posées , la composition des mots n'est point arbitraire : ils s'engendrent l'un l'autre selon certaines séries , comme les formes s'engendrent l'une l'autre. Aussi, quelque légère que soit la connoissance qu'on a d'une langue, l'oreille juge-t-elle immédiatement que tel mot est ou n'est pas de cette langue , qu'il dérive ou ne dérive pas de sa source primitive ; et par la prononciation, par l'accent, les mots étrangers qu'elle a pu admettre, sont eux-mêmes empreints de son caractère propre.

Nous avons montré encore que le langage , dans sa constitution intime , représentoit Dieu et l'Univers, leurs relations, leurs lois fondamentales et nécessaires. Mais le langage humain est en outre une manifestation spéciale et permanente de la nature de l'homme. Il correspond à tout ce qu'elle renferme, il l'exprime tout entière, sensations, passions, idées, et les rapports mutuels de ces choses , leur enchaînement, leur liaison, leur organisation, pour ainsi parler, dans l'unité de l'être, leur har-

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