TOMB HI. Q
point achevée, que sa nature étoit incomplète; en d'autres termes, qu'il étoit et n'étoit pas en même temps, car toute nature est indivisible. Et, même à l'aide de cette absurdité, on ne peut arriver encore à la conclusion qu'elle étoit destinée à justifier. En effet, la révélation de la parole se confondant avec l'acte par lequel l'homme a été créé, il s'ensuivroit que l'homme une fois créé, une fois, s'il est permis de s'exprimer ainsi , en possession de sa nature , a parlé en vertu d'une nécessité de cette même nature : conséquence opposée directement à l'hypothèse de l'origine surnaturelle du langage , puisqu'apparemment les défenseurs de cette hypothèse ne prétendent pas établir seulement que Dieu ayant créé l'homme, comme il a créé tout ce qui existe hors de lui, l'homme n'a rien qu'il ne tienne de Dieu.
Ainsi donc le langage, manifestation nécessaire de la nature humaine, coexiste avec elle, croît et s'épanouit avec elle, en constante harmonie avec son développement, dont il suit toutes les phases. Car on doit bien comprendre que le langage n'est point une chose qui, ayant une existence à part, indépendante du sujet qui la possède, puisse être ou donnée ou ôtée , quelque chose de séparable de ce sujet. Il ne vient point, à un moment déterminé, s'ajouter à l'être; il est l'être même en temps que