LIVRE VIIe. — CHAPITRE V
Expression d'un type originairement individuel , chaque langue particulière n'en est que le développement, jusqu'à ce qu'elle se soit mélangée avec d'autres langues, et alors même elle conserve l'empreinte reconnoissable du type primitif, modifié seulement par l'adjonction des éléments étrangers plus ou moins nombreux qui se sont organiquement combinés avec ses éléments spécifiques et primordiaux.
Naturel dans son origine, le langage offre donc tout ensemble quelque chose d'invariable comme la nature humaine, et quelque chose de flexible comme cette même nature, selon la diversité de ses spécifications et de ses développements dans les divers individus : et la flexibilité du langage, d'où résulte la variété indéfinie des langues, est une condition du progrès général. Sans elle, en effet, certaines séries de développement resteroient sans manifestation, c'est-à-dire, seroient impossibles, puisque nul développement ne peut exister sans se manifester : et d'un autre côté , le mélange des langues tend à rendre commun aux familles distinctes qui les parlent le développement de chacune d'elles, à fondre tous les progrès dans un seul progrès, le progrès de l'espèce : ce qui fait concevoir une époque future où, la fusion étant complète et le genre humain étant parvenu à se constituer dans l'unité,
86 IIe PARTIE. — DE L'HOMME.
toutes les langues aussi se fondront dans une seule langue universelle.