‹ Esquisse d'une philosophie (volume 3)Chapitre 62 sur 247 · LIVRE VIIe. — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VIIe. — CHAPITRE VII

tion rapide. Par elles il traverse sans fatigue les sables brûlants du Sahara et les immenses solitudes des mers. L'art nautique se perfectionnant, il atteint aux extrémités du monde en des temps de plus en plus courts et qu'abrègent encore ses progrès dans les sciences physiques et astronomiques. Un moteur nouveau , la vapeur réduit de rechef les distances dans leur rapport avec le temps. Appliquée à des mécanismes d'une variété inépuisable , elle exécute d'elle-même, sous l'empire de la volonté intelligente qui la dirige, des œuvres qui épuiseroient bientôt les forces individuelles et collectives de Thomme ; et, chose admirable, ce lourd piston qui monte et redescend avec un mugissement sourd, ces rouages de fer auxquels il transmet la force dont il est l'aveugle régulateur, peuvent, au gré de l'homme, ou mouvoir, avec une vitesse supérieure à toutes celles obtenues par d'autres moyens , la masse énorme du plus grand vaisseau, ou transformer une bourre légère en fils d'une ténuité et d'une délicatesse sans égale.

Certes , quand on compare l'état primitif de l'homme à son état présent, sa foiblesse native et la puissance qu'il a successivement acquise, le dur vasselage où le retenoit originairement la Nature et la domination qu'il exerce maintenant sur elle , on contemple avec étonnement un si merveilleux

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progrès ; et cependant ce progrès disparoît comme un point dans l'immense horizon ouvert devant nous. Non-seulement l'emploi des agents dont nous disposons est loin d'être encore aussi général et aussi parfait qu'il peut l'être , qu'il le sera bientôt, mais la science entrevoit et connoit déjà des agents nouveaux, des forces cachées au sein du monde physique, qu'elle apprendra prochainement peut-être à dompter, à régler, et à l'aide desquelles l'homme achèvera la conquête de ce même monde. Multipliant à volonté et variant indéfiniment les combinaisons des corps, il les fera tous servir, soit médiatement soit immédiatement, à la satisfaction de ses besoins, à la conservation de sa vie, au développement complet de. son être. Ce développement commence à peine ; à peine commençons-nous à savoir, à agir dans cet ordre élevé que la science nous révèle, à régner sur notre domaine, à l'approprier à notre usage , à prendre possession des inépuisables trésors qu'il recèle, à diriger toutes les énergies productrices vers un but relatif à notre espèce et à sa destination. Qui oseroit fixer la limite qu'en cette branche du progrès l'homme ne dépassera point? Que se fait-il en vertu des causes et des lois fatales de l'univers physique , qui ne puisse être fait par les mêmes causes agissant selon les mêmes lois soumises à son intelligence? Un jour viendra où les

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