LIVRE VIIe.— CHAPITRE VII. H
descend et remonte les fleuves, traverse les lacs, parcourt les côtes des mers, aborde aux îles voisines, brave les tempêtes de l'océan, s'enfonce dans ses vastes déserts. Des communications plus étendues et plus faciles mettent à sa portée, par Téchange, les productions de tous les climats. Un autre genre d'échange propage les découvertes, les pratiques de l'agriculture, les procédés industriels. De nouveaux besoins, nés du progrès même, lui impriment à leur tour, lui impriment sans cesse une impulsion nouvelle. La terre, transformée à sa surface, est fouillée à d'immenses profondeurs : elle n'a point de trésors que l'homme ne lui ravisse. Ce qu'il avoit fait pour les animaux, il le fait pour les corps bruts : il avoit fait servir à son utilité l'instinct de ceux-là, il fait également servir à son utilité l'affinité aveugle de ceux-ci ; il les contraint d'agir les uns sur les autres, de manière à produire la combinaison voulue de lui, multipliant les composés, les variant à son gré, et ramenant sous ses lois la Nature entière.
A mesure que sa puissance croît, son loisir augmente proportionnellement. Tranquille sur les besoins physiques, il peut satisfaire d'autres besoins, vaquer à d'autres fonctions, au développement intellectuel, à la culture de la science qui développera de plus en plus sa puissance même.
120 IIe PARTIE. — DE L'HOMME.
Dans ses rapports avec l'évolution de l'humanité, le loisir c'est le passage de la vie organique à la vie spirituelle, car le loisir n'est pas l'inaction, mais le travail de l'intelligence substitué au labeur corporel. Il est le fruit de l'accroissement de la force. Toutes les fois que l'homme parvient à s'emparer d'une force inconnue ou rebelle jusque-là, et nous appelons force toute énergie efficace quelle qu'elle soit, il accomplit par elle ce qui sans elle lui seroit ou impossible, ou plus difficile au moins. La découverte des affinités particulières de tel ou tel corps lui permet d'opérer des combinaisons, des transmutations auparavant hors de sa puissance : d'où les merveilles de l'industrie. Avec la poudre il brise en quelques instants des rochers qui résisteroient à une force moindre, ou qui ne céderoientqu'à son action continuée indéfiniment. Ainsi un des effets de la multiplication et du développement des forces dont l'homme dispose, est de changer à son égard les conditions du temps et de l'espace. Une plus grande force augmente la vitesse, la vitesse rapproche les distances ou diminue le temps nécessaire pour passer d'un lieu à un autre. En relation dès-lors avec plus d'objets , l'homme élargit la sphère de son activité. Il tourne d'abord à son profit la force des animaux, puis celle des eaux, du vent. Ces forces obéissantes lui fournissent des moyens de transla-