CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES
Le développement de l'activité humaine dans ses rapports avec le monde physique, lié au développement intellectuel indéfiniment progressif, n'a comme lui aucunes bornes assignables. Il continue donc de s'opérer, et même avec une rapidité plus grande, à mesure que s'opèrent les développements de notre nature dans un autre ordre ; et ces développements divers n'étant que les éléments du développement de cette même nature essentiellement une, ils s'enchaînent l'un à l'autre, ils se pénètrent l'un l'autre, se supposent et se produisent mutuellement.
Ainsi le développement dont l'Art est l'expression, suppose le double développement des facultés de l'être organique par lesquelles, en relation avec le monde phénoménal, nous percevons le réel, et des
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facultés propres de l'être intelligent par lesquelles, en relation avec le monde des essences , nous percevons le Vrai. Car l'Art implique le Beau essentiel, immuable, infini, identique avec le Vrai dont il est l'éternelle manifestation, et quelque chose qui le rende accessible à nos sens , qui le détermine au sein de la Création contingente ; et comme le Vrai ou l'Etre infini est, dans son unité, la source d'où dérive l'inépuisable variété des êtres finis qui le manifestent dans l'univers, le Beau infini est la source d'où dérive le Beau créé, ou la variété inépuisable des formes limitées qui le manifestent dans l'espace et le temps.
L'intelligence pure perçoit le Vrai, l'idée dans sa pure essence, indépendamment des conditions qui la spécifient dans un être effectif; elle perçoit, par exemple, la sphère idéale abstraitement séparée de toutes ses manifestations possibles au sein du monde phénoménal. Mais dans l'ordre selon lequel s'opère le développement de l'homme, avant de percevoir l'idée pure, il la perçoit sous les conditions de son existence créée , unie au phénomène , incarnée dans le phénomène , manifestée par le phénomène. Or la manifestation de l'idée , du Vrai par le phénomène, étant proprement le Beau fini, le Beau qui est l'objet de l'Art , il s'ensuit que l'homme a le sentiment , la perception du Beau