LIVRE VIIIe. — CHAPITRE 1er. Ifc
avant d'avoir celle du Vrai pur , et qu'ainsi , sous ce rapport , l'Art précède la Science. Cependant , comme on le voit , l'Art implique essentiellement l'intelligence, puisqu'il implique la vision de l'idée , et ses progrès dépendent en partie du progrès de l'intelligence , puisqu'il doit s'élever d'autant plus que l'intuition de l'idée est plus nette et plus vive. De là vient qu'aucun œuvre d'art ne sauroit être exécuté par des forces purement mécaniques. L'instrument de l'art doit être nécessairement intelligent. Tout ce que font les machines est du métier.
Puisque le Beau n'est, dans son essence, que la manifestation du Vrai , et que rien ne sauroit être manifesté que par la forme qui détermine et spécifie l'Etre , il s'ensuit que le Beau est l'Etre même en tant que doué de forme, et qu'ainsi la forme est l'objet propre de l'Art, non pas simplement la forme nécessaire , immatérielle , éternelle de l'idée pure, mais cette même forme réalisée sous les conditions de l'étendue dans le monde contingent des phénomènes , et conséquemment l'Art implique deux éléments inséparables, l'élément spirituel ou idéal dont le type premier est l'infini , l'élément matériel dont le type premier est le fini. L'un correspond à l'unité primordiale , absolue , et se résout en elle ; l'autre aux manifesta-
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tions limitées, partielles, diverses, dès-lors, de cette unité première , et se résout en elles. Le rapport naturel de ces deux éléments , l'unité et la variété , constitue l'harmonie essentielle à l'Art.
On voit encore qu'il a , par l'un de ses éléments , une relation directe aux sens et aux facultés organiques , à l'aide desquelles nous percevons les existences phénoménales. Le tact , à cet égard , en ofîre comme une origine obscure, au degré où il peut produire la perception des formes. Mais ses développements dépendent tout entiers du sens de la vue et du sens de l'ouïe , immédiatement relatifs à la lumière et au son , ou aux deux moyens généraux de la manifestation de la forme. D'ailleurs la vue et l'ouïe, nous reportant au dehors de nous, sont les sens propres de l'intelligence qui perçoit le Beau dans sa source , dans son essence et son unité. Le goût et l'odorat, au contraire, nous ramènent au-dedans de nous, à notre individualité , à notre organisme, en nous concentrant dans la sensation, et en outre ils ne produisent pas la perception de la forme.
Dans sa partie sensible ou dans celui de ses éléments dont le type premier est le fini , l'Art est donc uniquement relatif au sens de la vue et de l'ouïe. Les autres sens n'ont avec lui qu'une liaison éloignée, occasionnelle et presque nulle f ou plutôt