‹ Esquisse d'une philosophieChapitre 122 sur 245 · LIVRE IIIe — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE IIIe — CHAPITRE VII

une , identique , et ne sauroit changer dans ce qui la constitue essentiellement.

Mais il faut comprendre de plus comment l'existence simultanée de ces trois propriétés est nécessaire , et comment elles concourent à la formation , à la conservation et au développement de l'univers.

Si la force existoit seule , comme elle est , ainsi qu'on l'a dit , expansive par son essence , et qu'on ne sauroit même s'en former une autre notion , elle diviseroit à l'infini , et nulle organisation ne seroit possible.

Si l'intelligence existoit seule ou séparée de la force , la substance inerte ou passive manqueroit d'un principe nécessaire à toute organisation , de l'énergie qui la contraint à recevoir la forme , à s'identifier à l'idée , au nom , ou qui développe le germe.

Si l'amour enfin existoit seul ou séparé de l'intelligence et de la force, l'univers ne formeroit qu'une masse homogène , immobile , ténébreuse , et comme un grand tombeau éternellement vide de toute forme, de toute réalité intelligible.

D'ailleurs , ce qui est ne pouvant être qu'en vertu d'une force interne qui le réalise incessamment , l'idée de force est inséparable de l'idée de substance. Et, d'une autre part, tout ce qui est existant nécessairement sous une certaine forme , l'i-

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dée, le nom qui donne la forme , ou plutôt qui est la forme même en ce qu'elle a d'essentiel et de permanent p est également inséparable de la substance ; et il en est ainsi de l'amour, car nulle forme , nul ordre, nulle existence, sans un principe de vie et d'union.

La force donne donc à l'être son existence actuelle et le développe ; l'intelligence lui donne sa forme et coordonne les formes entre elles ; l'amour lui donne la vie, l'unit en lui-même et aux autres êtres.

Et tout cela n'est que l'action de Dieu pour se manifester pleinement et se reproduire en quelque manière. Par le développement de l'être dans l'espace et le temps, la force tend à reproduire l'unité immense , éternelle ; par l'enchaînement coordonné des formes particulières incessamment croissantes en nombre , l'intelligence tend à reproduire la forme universelle ou infinie , la forme divine. L'amour, en unissant, en vivifiant ce que la force développe , ce que l'intelligence ordonne , tend à reproduire la vie divine , universelle , infinie.

L'univers est donc comme un Dieu naissant, mais à jamais séparé de son père par une limite qui , reculant sans cesse, subsiste néanmoins toujours, parce qu'elle fuit dans l'immensité et l'éternité.

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