DES LOIS GÉNÉRALES DE L AMOUR
Pour s'unir il faut exister. Toute union suppose donc une force antérieure , raison première des êtres qui doivent être unis , et de ce qui les unit. Elle suppose encore entre les mêmes êtres des rapports d'ordre ; car l'idée d'union est renfermée dans l'idée d'ordre , et lui est subordonnée. L'amour ou le principe d'union procède donc de la force et de l'intelligence.
Supposé que les trois fluides primitifs correspondent, comme nous le croyons , à ces trois propriétés essentielles de l'être, il suit de là que le fluide électro-magnétique devroit engendrer de la lumière , et que tous deux ensemble devroient produire du calorique , bien que le calorique qui procède de l'un et de l'autre , ne soit pas néanmoins une combinaison de l'un et de l'autre. ,
Considéré dans le monde physique , dans cette classe d'êtres où l'intelligence n'apparoît encore
LIVRÉ IIIe. — CHAPITRE XI. I9i>
que sous ce genre de formes qui sont l'objet de la chimie et de la géométrie , l'amour existe et se manifeste dans ses rapports avec le fonds intime et positif des êtres , comme calorique , et dans ses rapports avec leur limite , comme attraction. Sous chacun de ces modes , il est le lien de la force et de la forme , et le principe qui opère leur union dans le corps qu'il achève.
La limite étant identique en soi et ne variant en aucune manière , quant à sa nature , dans les différents êtres , parce que , dénuée de propriétés positives et intelligibles , sa fonction unique est de borner : l'amour est toujours avec elle dans le même genre de rapport , ou , en d'autres termes , l'attraction agit selon des lois qui sont les mêmes pour tous les êtres. Or , en tant que simplement étendus ou composés de parties , c'est-à-dire , en tant que limités, ils ne diffèrent que par le nombre de ces parties supposées égales, ou par leurs masses, car la même étendue peut subsister sous des formes diverses. L'attraction qui unit les parties de l'étendue doit donc être , dans son énergie , proportionnelle au nombre de ces parties égales entre elles , et comme elle les pénètre toutes et réside dans toutes , puisqu'elle n'est qu'un des principes constitutifs des êtres , considéré dans ses rapports particuliers avec la limite , il s'ensuit que là où il y a
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plus de parties, il y a aussi, dans la môme mesure, plus d'attraction , ou que l'attraction agit en raison directe des masses. Telle est sa première loi.
La seconde se déduit non moins clairement de la nature môme de l'amour, dont la fonction essentielle et primitive est, comme on Ta vu, d'opérer l'union de la force et de la forme. Sans cette union rien ne seroit possible , et l'étendue , ainsi que tout ce qui est, l'implique essentiellement; car une étendue indéterminée actuellement existante est contradictoire dans les termes, et elle reçoit de la forme seule son actuelle détermination. Nulle étendue donc , à moins que la forme ne s'unisse à la force expansive , et la force et la forme , aspirant l'une à l'autre , aspirent en effet à cette union qui est leur vie commune. Mais ni Tune ni l'autre n'ayant en soi , dans sa nature, ce qui est nécessaire pour l'opérer, elle implique dès-lors une énergie d'un genre spécial, qui l'effectue par son action propre. Or, toute action s'exerçant sur deux termes qu'elle établit en un rapport où ils ne peuvent se placer euxmêmes , a évidemment une résistance à vaincre , puisqu'elle a à produire un effet impossible sans son efficace. Si l'énergie qui opère l'union de la force et de la forme résidoit en l'une d'elles, dans la force par exemple , celle-ci n'auroit à surmonter que la résistance simple de la forme , et réciproquement,