Livre 111e. — chapitre xi
comme les êtres de cet ordre sont dépourvus d'individualité réelle au moins saisissable par nous, qu'indéfiniment ils se décomposent en éléments semblables , rapprochés dans l'espace sans former d'unité proprement dite , il s'ensuit qu'en eux la vie se manifeste presque uniquement , à notre égard , par des phénomènes généraux , lesquels ont pour expression les lois générales du calorique, lois nécessaires, les êtres qu'elles régissent étant donnés , lois correspondantes à un ordre d'effets purement physiques , appréciables en nombre , mesurables , et dès-lors susceptibles d'être formulés mathématiquement.
Ils cesseroient de l'être si nous pouvions les saisir dans leur principe animant , selon sa nature , un être individuellement circonscrit dans l'unité. Et voilà pourquoi le calorique , en partie soumis à des lois mathématiques, échappe en partie à ces mêmes lois, même dans le monde inorganique, en tant qu'il est la vie interne des germes innombrables dont le développement produit l'étendue ou ce que nous appelons les corps , avec leurs modifications si prodigieusement diverses.
L'amour, à son second état , c'est-à-dire dans les êtres qui végètent et qui sentent , existe et se manifeste, dans ses rapports avec ce qu'ils ont de propre, sous un mode différent, et ses lois alors sont les lois de Ja vie organique. Elle offre sans
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doute, à certains égards, des phénomènes analogues à celle des êtres inférieurs , parce que , liés à ceux-ci, les êtres organiques ont avec eux quelque chose de commun. Mais leur réelle individualité les en sépare à d'autres égards , et de là vient que chacun d'eux a , par exemple , sa chaleur spécifique qui se conserve presque invariable, quelle que soit la température des milieux où il sont plongés. Relative à une fin particulière et plus élevée, l'union que l'amour opère en eux n'est pas une simple aggrégation de leurs éléments constitutifs, mais une union bien plus intime, d'où résulte l'unité absolue de la vie ; et le principe vital si long-temps cherché et si vainement par les physiologistes , n'est que cet amour vivifiant l'être que la force jointe à la forme a réalisé ou dont elle a développé le germe.
Moins limité encore dans les êtres doués d'intelligence et d'une volonté libre , l'amour non-seulement produit leur unité interne , mais de plus il est le lien qui les unit entre eux et avec Dieu même, et dans cette sphère plus élevée , ses lois sont celles de la vie morale et sociale. Sous ce dernier mode, il opère l'unité du monde intellectuel, comme le principe vital opère l'unité du monde organique , et le calorique et l'attraction l'unité du monde inférieur ou purement physique. Harmonie de chacun de ces mondes et leur harmonie commune, il anime