‹ Esquisse d'une philosophieChapitre 134 sur 245 · LIVRE 111*. — CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE 111*. — CHAPITRE XII

Si nous considérons d'abord l'amour en général , nous concevrons que , tendant, selon son essence , à tout ramener à l'unité , et par conséquent à l'unité la plus parfaite ou à l'unité infinie , en même temps qu'il achève et termine l'être en unissant la force à la forme , il agit aussi sans cesse sur les éléments divers qu'implique chaque forme particulière , et tend à les assimiler. D'où il suit, premièrement, que si son énergie , dans un être quelconque , vient à prédominer sur l'énergie de la forme, par cela même il détruit l'être, en détruisant, avec les différences nécessaires des éléments de la forme , la forme même ; secondement , que cette énergie assimilatrice des éléments de la forme , d'où résulte la vie , et qui constitue en effet la vie de chaque être aussi long-temps que la forme subsiste avec ses éléments essentiels , détruisant par son action propre ces éléments , en tant que divers, nécessite dès-lors une continuelle réparation de la forme altérée dans ses principes intégrants , un afflux continuel d'éléments assimilables , sans quoi l'être périroit en vertu même des lois de l'amour qui le vivifie. En d'autres termes , il faut un aliment à la vie, et, quand cet aliment nécessaire lui manque , elle devient , dans l'être qu'elle anime, un principe interne de destruction. Cela est vrai pour tous les êtres, quelle que soit leur nature, et c'est ainsi que quelquefois un immense amour ,

204 Ire PARTIE. — DE DIEU ET DE L'UNIVERS.

l'amour de Dieu , par exemple , en certaines âmes singulières , ne pouvant actuellement atteindre son terme , ou se nourrir de l'aliment qui lui est approprié , dissout et consume l'organisme.

Et quant aux êtres inorganiques , dont le calorique est la vie propre , il est clair qu'il doit exister en chacun d'eux à une mesure déterminée par sa forme essentielle ou sa nature particulière. Que si Ton altère cette mesure au-delà de certaines limites, changeant par là même les proportions harmoniques qui doivent subsister entre les éléments constitutifs de l'être, on opérera sa dissolution, qui se produit du reste également ou par addition , ou par soustraction de calorique , par une chaleur, ou par un froid intense : et nul autre moyen en effet de dissoudre un corps ou de détruire un être que d'intervertir ses lois.

Mais , d'un autre côté , cette destruction ou dissolution continuelle des êtres particuliers , est une des conditions nécessaires de la conservation et du développement du tout. Car rien dans l'univers ne commenceroit d'être , si quelque chose ne cessoit d'être , et toutes ces destructions , réelles en un sens , apparentes en un autre sens , ne sont que le mouvement , le flux immense et perpétuel de la vie.

Il faut en outre distinguer deux ordres de faits

Page 1