‹ Esquisse d'une philosophieChapitre 135 sur 245 · LIVRE ÎI1°. — CHAPltRE XIÎ. £0S · texte numérisé non relu

LIVRE ÎI1°. — CHAPltRE XIÎ. £0S

relatifs à l'amour , lesquels apparoissent partout dans la Création , mais dont la différence devient plus sensible parmi les êtres organiques, à cause de l'individualité rigoureuse dont ils sont doués. L'un de ces ordres comprend les faits qui dépendent de l'unité interne de chaque être individuel ; le second comprend les faits qui dépendent de l'unité de tout, unité qui résulte des relations des êtres entr'eux et de leur subordination réciproque. Par cela même que la vie , rigoureusement circonscrite dans les limites d'une forme déterminée et soumise aux lois de cette forme, contribue avec elle à individualiser l'être qu'elle anime, elle le sépare des autres êtres , elle oppose en lui une continuelle résistance à l'action des causes extérieures qui tendent à détruire ou à altérer son individualité , c'est-à-dire , qu'elle se manifeste , sous ce rapport, comme énergie répulsive. De plus , chaque être individuel tendant à se conserver et à se développer , et ne pouvant se développer et se conserver qu'en recevant quelque chose du dehors , en absorbant , en s'assimilant d'autres êtres organiques et inorganiques, le principe d'union ou d'amour qui constitue sa vie interne , devient , relativement aux autres êtres un principe de destruction , bien qu'il ait encore pour effet de les unir , et même d'une manière incomparablement plus intime , à l'être dont ils

£06 lH PARTIE. *» DE DIEU ET DE L* UNIVERS.

sont l'aliment. De là ce mélange extraordinaire de Tidée de mort et de l'idée d'amour qu'on retrouve sous diverses formes , ainsi que nous l'avons déjà remarqué , dans la théologie indienne , et qui , dans le plus profond mystère du christianisme , joint également à l'idée de l'amour infini de Dieu , et de l'union substantielle à Dieu, l'idée de la manducation de Dieu même.

Dans ses effets relatifs à l'unité du tout ou à la vie universelle , l'amour unit harmoniquement toutes ces tendances individuelles , et les ramène à une seule tendance par la destruction même de chaque être individuel , condition nécessaire de la vie de tous. Car } afin que tous vivent , il faut que chacun meure , et leur vie propre n'est sous ce rapport qu'un élément mobile de la vie générale de l'univers , où tous se donnent à tous , se sacrifient à tous pour que la Création entière se conserve et se développe selon son type éternel.

Ces deux ordres de faits dépendants l'un de l'amour individuel , l'autre de l'amour universel , s'aperçoivent encore plus distinctement parmi les êtres intelligents et libres. Car , d'un côté , on voit clairement qu'aucun d'eux ne subsisteroit sans l'amour relatif à l'individualité et qui la conserve ; et , d'un autre côté , que cet amour est en opposition , en guerre perpétuelle avec l'amour supé-

tlVfeÈ tll*. — CHAPITRE XII. ÏOl

rieur, l'amour social : de sorte que la société n'est possible que par la prédominance de l'amour qui lui correspond , sur l'amour simplement relatif à l'individu. Celui-ci est la condition de la vie de chaque être social , l'autre est la condition de la vie de tous , et par là même aussi une condition de la vie de chacun ; et ce dernier embrasse toutes les lois générales de l'amour. En les subordonnant les unes aux autres , il les enchaîne harmoniquement , et rattache à la vie de Dieu même , unique source de l'être , la vie universelle de la Création.

208 l" PARTIE.— m BIEt ET DE L'ONIVSBS.

Page 1