LIVRE IV0. — CHAPITRE II
nom de Nature , parce qu'en effet il se compose de toutes les natures diverses harmoniquement unies. Quand donc nous parlerons de la Nature , nous entendrons toujours par ce mot l'organisme universel et ses lois, différentes des lois de l'intelligence , en ce que celles-ci représentent le vrai , auquel correspond la liberté, et celles-là le réel, essentiellement
soumis à la nécessité ; et ces lois relatives , les unes
à l'infini , les autres au fini , les unes à ce qui constitue l'être en général, les autres à ce qui le limite, se combinant et se modifiant réciproquement sans jamais se confondre , forment toutes les lois des créatures.
Les plus élevées d'entre elles , simultanément en relation avec le vrai et le réel , puisqu'elles sont à la fois intelligentes et limitées , c'est-à-dire soumises dans leur existence à la condition de l'organisme , appartiennent par lui à la Nature , et par conséquent dépendent de ses lois ; d'où il suit que nul être intelligent créé ne peut être connu , si l'on ne connoît le double ordre de lois auxquelles il est assujetti, et qui concourent à le faire ce qu'il est, de sorte que la philosophie de la Nature ou du réel est inséparable de la philosophie de l'intelligence pure ou du vrai.
Mais , pour revenir à ce que nous disions d'abord, il estclair que l'existence de l'homme , par exemple,
âlG lro PARTIE. — DE DIEU ET DE L'UNIVERS.
en tant qu'être organique , suppose celle d'une multitude d'autres êtres organiques avec lesquels il a des relations permanentes et nécessaires ; elle suppose , sur la terre qu'il habite , toutes les conditions de la vie animale , conditions qui s'étendent de proche en proche jusqu'aux fluides élémentaires mêmes, dont la nature intime et les combinaisons ne pourroient changer à un certain degré sans occasionner la destruction de tout ce qui a vie. L'existence des animaux suppose également celle du règne végétal , d'où immédiatement ou média tement ils tirent leur nourriture ; comme l'existence des végétaux suppose celle du fonds qui les supporte , où ils prennent leur point d'attache, et d'où ils extraient en partie leur aliment ; elle suppose encore l'existence de ces aliments solides, liquides et gazeux. Mais le fonds même dans lequel les végétaux sont implantés, ou sur lequel repose le liquide où nagent quelques-uns d'eux, ce fonds plus ou moins compacte qui , leur étant indispensable , a dû les précéder, n'auroit pu exister lui-même si quelque chose ne l'avoit aussi précédé ; car la forme , en qui réside le principe d'affinité et qui produit la cohésion , n'agit jamais d'un corps concret à un corps concret : elle n'exerce son énergie que sur les fluides , en s'assimilant, soit leurs éléments propres , soit ceux qu'ils tiennent ou suspendus ou en dissolution. Nous sommes dope