‹ Esquisse d'une philosophieChapitre 142 sur 245 · LIVRE IVe.— CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE IVe.— CHAPITRE II

conduits à nous représenter l'univers entier à son premier état , comme une masse fluide , et nous arrivons encore , ainsi qu'on Ta déjà vu , au même résultat par une marche inverse, en recherchant, d'après l'idée pure de l'être et de ses lois universelles , comment il a dû se former.

En effet, dans la substance créée et limitée , comme dans la substance absolue, ce que la pensée conçoit d'abord, c'est la puissance, la force, l'énergie interne qui la réalise incessamment, principe premier, principe efficace, qui donne à tout son commencement , son existence effective , sans lequel rien ne seroit , et qui est dès-lors véritablement le Père de tout ce qui est, l'unité active et génératrice inhérente à l'unité radicale de la substance, laquelle est le fonds de l'être et l'être même.

La force , par qui tout commence , dut donc prédominer dans l'univers naissant , et mouvoir , c'est-à-dire développer en tous sens la substance. Mais , pour que ce développement fût possible , deux autres principes étoient nécessaires , la forme qui détermine la force et l'amour qui les unit.

La forme dut apparoître d'abord sous son mode le plus général ; car , par la nature même des choses , la détermination est progressive , partant du plus simple pour arriver au plus composé. La première forme dut donc être la forme la plus simple ou

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celle qui , contenant toutes les autres en puissance, modifie le moins l'action propre de la force pure.

L'amour , nécessaire pour opérer l'union de la force et de la forme , dut unir entre elles , et en même temps , selon son essence , animer , vivifier les parties de l'étendue.

L'action de la force étant ce que l'on conçoit de premier dans la formation de l'univers, et cette action , considérée seule , impliquant un mouvement séparé de tout ce qui l'ordonne à une fin déterminée , de là l'idée si généralement répandue d'un chaos primitif, expression vague dont nous avons précédemment essayé d'expliquer le sens. Dans la signification rigoureuse du mot ; le chaos cesse sitôt que la forme apparoît, c'est-à-dire, avec la lumière , qui est la manifestation de la forme , ou la forme même manifestée ou apercevable. Et comme une seule forme , la forme la plus simple et la plus générale existoit seule au commencement , l'univers non plus n'étoit qu'une étendue mobile , homogène et lumineuse , qu'unissoit dans ses parties et qu'animoit intérieurement de sa chaleur vivifiante , le souffle fécond et créateur , l'amour qui termine l'être.

Ainsi, à l'origine, on ne voit dans la Création que les trois principes mêmes de l'être , inhérents à la substance qu'ils concourent à développer , et 89

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