‹ Esquisse d'une philosophieChapitre 161 sur 245 · LIVRE IVe. — CHAPITRE IX. 2&J · texte numérisé non relu

LIVRE IVe. — CHAPITRE IX. 2&J

ment certaine de fait ? Tous les peuples répondent affirmativement. Quelle que soit l'origine de cette croyance, il n'en est point de plus ancienne ni de plus universelle. Ornée par les poétiques jeux de l'imagination, détournée pratiquement à des multitudes d'abus par l'ignorance superstitieuse, elle ne laisse pas d'être très-remarquable. De preuves directes, elle n'en a point, elle n'en sauroit avoir dans la spbèredes lois qui règlent et circonscrivent maintenant notre connaissance. On nexsauroit nier, cependant, que l'analogie ne lui prête au moins un haut degré de vraisemblance. Lorsque l'homme vient à se considérer tel qu'il est , relégué dans un point imperceptible de l'univers, atome rampant sur un atome, foible, ignorant, pouvant à peine penser, agir, sans rencontrer aussitôt la borne de son action et de sa conception, quelque chose en lui répugne à supposer qu'il soit le plus intelligent, le plus puissant, le plus parfait des êtres créés. La conscience du genre humain repousse non moins invinciblement que la réflexion philosophique, cette hypothèse orgueilleuse. Notre chétive planète n'est pas le séjour exclusif de la pensée, et d'autres êtres, nos aînés dans la Création, probablement nous surpassent, et de bien loin, en puissance, en intelligence.

Au-dessous de nous, de nombreuses existences échappant à nos sens ne peuvent être constatées par

âSÔ lre PARTIE. — DE DIEU ET DE L'UNIVERS.

l'observation. Pourquoi n'en seroit-il pas ainsi audessus de nous? Pourquoi, dans l'immense série des êtres créés, n'y en auroit-il point de plus élevés que nous? De très-pressants motifs induisent à présumer qu'il existe en effet de semblables êtres. Mais que sont-ils? N'ayant point avec eux de relations sensibles, nous l'ignorons, et probablement nous l'ignorerons toujours sur la terre. Nécessairement limités, puisqu'ils ne sont pas Dieu, moins limités cependant que l'homme, puisqu'on les suppose supérieurs à lui, nous ne saurions nous former d'idée précise de leur nature, ni par conséquent de leurs rapports avec les mondes organique et inorganique, rapports trèsréels néanmoins, car tout est lié dans la Création. Qu'ils ne traînent point comme nous un corps de chair et d'os, c'est la conséquence, de leur élévation même, de leur moindre limitation. On ne doit pas toutefois se figurer qu'ils soient dépourvus d'organisme ou d'un corps en ce sens; mais, comparés à nous, ils ont une enveloppe moins pesante, des sens plus subtils, plus développés. Par leur limite ou ce qu'il y a de matériel en eux, ils tiennent au monde inférieur, au monde que régissent les pures lois physiques; parla faculté de sentir, d'être affecté de plaisir ou de douleur, ils tiennent au monde organique. Cependant ces relations diffèrent autant de celles que nous soutenons nous-mêmes avec ces deux

Page 1