CHAPITRE V
DES MANIFESTATIONS DK LA FORCI, DE i/lNTELLIGEHCE 1T DE L'AMOUR BAWS l/uNIYERS.
D'après ce qui a été dit précédemment , il est aisé de comprendre que la Création tout entière n'est qu'une grande manifestation des propriétés essentielles à la substance et par lesquelles seules elle peut être connue. Mais l'on a vu aussi que ces propriétés existant à différents états qui constituent les divers ordres d'êtres , se manifestent sous des formes qui varient selon leur degré et leur genre de limitation , et chaque être particulier , considéré dans sa nature propre , n'est qu'une manifestation particulière des propriétés générales de l'Être , sans quoi ils se confondroient tous dans une même nature identique , et la science de chaque être particulier n'est que la connoissance de l'état auquel la force , l'intelligence et l'amour existent en lui et de la manière dont ils s'y combinent. Mais , la philosophie qui considère seulement ce qu'il y a de con>
278 Ire PARTIE. — DE DIEU ET DE L'UNIVERS.
mun et de général dans les êtres , ne peut non plus et ne doit considérer que les manifestations générales de leurs propriétés , telles qu'elles se spécifient dans les trois mondes , inorganique , organique , intellectuel et moral.
Ces manifestations , constituant les phénomènes généraux et permanents de la Création , sont dèslors comme la source des phénomènes particuliers. Représentant ce qu'ils ont de commun , il est nécessaire de les connoître pour connoître les lois de la production , de la conservation et du développement des êtres. Car la nature d'un être et ses lois sont déterminées par l'état où existent en lui les éléments primitifs de l'être , et par les rapports entre ces éléments. Or rien ne peut être connu s'il n'est manifesté , et chaque propriété a sa manifestation propre. Il est donc indispensable, après avoir parlé des propriétés en elles-mêmes , de les envisager dans leurs manifestations.
Quoique nous soyons forcé de traiter à part de chacune d'elles pour l'ordre et la clarté des explications , on ne doit pas oublier cependant que la production de tout phénomène impliquant le concours des trois propriétés essentielles de l'être , tout phénomène implique également la manifestation simultanée de ces propriétés primitives. Ainsi aucun mouvement ne sauroit ni exister , ni être conçu