LIVRE Ve. — CHAPITRE IX
loppement ; tandis que la vision elle-même constitue , entre l'être qui en est doué et celui que sa nature condamne à n'en jouir jamais, une disparité absolue , laquelle a pour cause la privation originaire de la faculté interne correspondante au genre de perception dont l'œil est le moyen ; car les sens extérieurs manifestent les facultés inhérentes à l'être , à sa forme essentielle , et ne les produisent pas.
Ces réflexions étoient nécessaires pour faire comprendre l'énorme distance qui sépare , malgré leur ressemblance physique , les êtres intelligents des êtres purement organiques. Ce qui caractérise ceuxlà , ce sont la raison et la liberté. Ils connoissent et savent qu'ils connoissent. Une lumière plus intime et plus vive leur manifeste , quoiqu'à des degrés différents de clarté, les idées telles qu'elles sont en Dieu. Ils voient non-seulement ce qui existe dans le temps et l'espace , mais au-delà , ce qui existe hors de l'espace et du temps. Dans la lumière divine et par elle ils voient l'Etre divin , et dans l'Etre divin les types immuables des choses. Et comme ces types , ces idées divines , seuls nécessaires , seuls permanents , sont aussi les seuls vérités éternellement subsistantes , il n'y a de pensée , il n'y a de raison que par cette lumière qui manifeste Dieu. Car toute pensée , toute raison véritable
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a pour base i pour substance , ce qui ne change point, et le variable , le contingent, l'individuel, n'est intelligible qu'autant qu'il se lie à la vérité invariable , nécessaire , universelle ou infinie. La perception de l'infini est donc le caractère de l'intelligence , et la lumière qui révèle Dieu est la manifestation de l'intelligence sous la troisième forme de son développement.
Mais ici la lumière se produit spécialement comme parole , parce qu'en elle-même , c'est-àdire en Dieu , elle est la Parole , le Verbe éternel. Dans les intelligences créées , la Parole infinie est limitée comme elles , suivant les conditions de leur nature particulière. Dans l'homme , être organique et intelligent , elle participe de sa double nature. Elle est voix comme dans l'animal , mais voix articulée , et sous cette forme , véritable lumière de l'intelligence ; et l'intelligence étant inséparable de sa manifestation soit interne , soit externe , puisqu'on ne connoît que ce qui est vu ou manifesté , la parole est partout où existe l'intelligence : elle varie seulement par des degrés plus ou moins grands de perfection , selon la perfection plus ou moins grande de l'intelligence elle-même. La parole intérieure est indépendante de son enveloppe ou du son ; mais , pour les êtres tout à la fois intelligents et organiques , le son est le mode nécessaire